Le Monde du Journal Interdit

Le Petit Prince à dit...
 
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 TOME I

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corillion jean claude
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MessageSujet: TOME I   Mar 3 Juil - 6:44

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LIVRE I.













UN ART DE VIVRE.















Corillion jean claude





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Dernière édition par corillion jean claude le Dim 2 Mar - 10:24, édité 25 fois
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corillion jean claude
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MessageSujet: Re: TOME I   Mar 3 Juil - 6:51

" j'ai un rêve " ; il ne porte pas sur la mise dans les faits des valeurs qui ont présidé à la naissance des Etats Unis d'Amérique mais sur la Belle Vie et le sens de l'existence. Cette étude, au travers d'une épopée humaine, analyse les non sens d'une société qui a perdu ses principes fondateurs et a érigé des régles, devenues lois, qui ont perdu tout sens par rapport à l'Homme. Lorsque des individus se réunissent, ils ont à solutionner deux problémes, deux questions fondamentales et originelles. Comment vivre ensemble et pourquoi vivre ensemble ?
Un journal, qui explore l'histoire d'un couple et essaye de visualiser une éventuelle puissance transcendentale, ouvrant sur un art de vivre, souléve naturellement, spontanément, les deux questions précédentes car elles sont les éléments constitutifs de la destinée humaine.

Une fusion entre ces axes, entre le "comment" et le "pourquoi", entre le corps et l'âme apparaît, au fil du texte, comme une nécessité pour approcher l'Homme dans toute sa complexité et répondre à une question majeure, l'existence a-t-elle un sens ?
Une prise en compte des origines - de l'humanité, plus encore de l'univers - est utile pour approcher ce sens. Le "big bang" originel approche le pourquoi et le comment, en dépassant le temps et l'espace. Cette hypothése fondamentale sur la constitution de l'univers ouvre une réflexion sur les circonstances de la destinée humaine. En imaginant d'autres "big bang", à d'autres niveaux, il est possible de donner un axe à la vie et un sens à l'insensé. L'Amour, par son rayonnement et sa puissance, est - sans doute - le facteur énergétique qui déclenche un " Big Bang " de l'âme. En mettant en harmonie le comment et le pourquoi humain, ce dernier conduit au vrai et à l'universel.
Le roman de Chloë et Bruno, dans toutes ses décohérences et dans toutes les incohérences actuelles, révéle - avec une volonté de toujours rester authentique - les circonstances d'apparition et les conditions d'épanouissement d'une passion, dans la splendeur d'un milieu naturel. Une inadaptation, imposée par une soumission, était cachée dans le profond de Chloë ; une révolte, née d'une nature et des péripéties de l'existence, était assoupie dans l'intîme de Bruno. Le "big bang" de la Passion a remis en cause leurs choix de vie et libéré un flot d'enthousiasme qui, inexorablement, irresistiblement, les entraîne - les bras tendus - vers une inaccessible étoile, en dépit d'un chemin difficile.
En paraphrasant une pensée de Pascal, nos héros parient sur l'existence de cette Belle Vie, de cette inacessible étoile mais pourront-ils donner vie à cette divine intuition menant au bonheur ?



LES BRAS TENDUS


Dernière édition par corillion jean claude le Dim 2 Mar - 10:22, édité 122 fois
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corillion jean claude
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MessageSujet: Re: TOME I   Mar 3 Juil - 6:52

CHAPITRE I


Le onze septembre de Bruno éclate un début de mai, moment où une tempête déclenche la destruction d'un immeuble de trente étages, construit avec tendresse et patience mais miné par des fondations noyées dans un océan de sable mouvant. Médecin de campagne, mal dans son être au sein d'un monde empli de chacun pour soi, de moraline et de virtuel, il se dirige - empli de doutes - vers ses consultations. Les hasards de l'existence l'ont mené dans ce coin accueillant, riche de son passé, un peu isolé, transpirant une odeur de terre, de bêtes, de cidre ; endroit où les hommes travaillent, ne trichent pas, respectent des traditions mais pays dur, froid, soumis et sans pitié pour qui sort des sentiers battus, de l'ordre établi.

Son premier patient attend, une femme et des douleurs lombaires. Elle vit au rythme des variations de sa tension artérielle, des fluctuations de son cholestérol et décrit - au travers d'un morne quotidien - son peu d'appétence pour la vie. Bruno, prenant sthétoscope et air docte, écoute. Peut être pour se préserver de la banalité qui l'étouffe, il ouvre aussi une fenêtre intérieure sur un rêve. Il attend, ne sait pas pourquoi mais il est certain de la voir. Elle va venir et donner plus de sens à sa vie. La matinée passe, emplie de patients, anciens, moins anciens, encore moins anciens et même pas anciens du tout. Elle n'est pas venue. Dans l'aprés midi de ce jour ordinaire, il arrive dans une Maison de Retraite, drôle de lieux, pauvre lieux mais aussi riche lieux. Il va l'approcher, lui parler car elle y travaille. " Salut Chloë, je t'ai attendue ". " Bonjour Docteur, c'est étrange, j'avais l'intention de passer vous voir ce matin. Je viendrai jeudi ".
Ainsi prend naissance un conte, avec cette jolie femme aux cheveux noirs. Il pourrait débuter plus tôt, au moment où elle lui a téléphoné - avant tout autre - pour annoncer la naissance de son fils ou lorsqu'il est allé se plaindre à sa maman qu'elle était difficile à comprendre ou bien encore ce jour où elle lui a lancé à la tête tablier et serviette dans une chambre de résidents. Les années ont passé, les saisons se sont succédées et puis ... il y a deux mois ... Chloë est venue en consultation. Il l'a écoutée, fait son métier mais, aussi, pris conscience de sa recherche d'un autre univers, peut être celui que lui aussi cherche. Cet instant a été le moment de l'éveil pour une Passion. Libérant l'inconscient, il a levé les blocages que symbolisent sa femme, ses enfants, le mariage de Chloë, son fils, sa maman, son âge et allumé un incendie terrible mais beau, dévastateur mais riche de vie.
En attendant jeudi, ce fameux jeudi, les jours, les heures s'écoulent sans qu'il ne se souvienne de ses faits et gestes, noyés dans la pesanteur, la douceur aussi, du quotidien.



CHAPITRE II



Chloë, dans cette fin de journée, est troublée ; plongée dans son monde, elle ne sait que penser. Ce rendez-vous, est-ce l'annonce d'une banale consultation, est-ce un fait divers dans une belle journée de printemps ou est-ce l'aboutissement d'une passion anormale. Il y a longtemps, en effet, qu'un amour est né chez elle, aussi profond qu'insensé. Noémie, collégue de travail, est seule à le savoir. Il est loin le jour, un jour de galettes des rois, où Chloë lui a révélé ses sentiments. Son amie a été surprise, un peu dubitative. Une compagne de labeur - de chez nous - qui vivrait une Passion, une si bonne fille, une femme sérieuse, une mére bien comme il faut, avec un gars comme ça - qui pourrait être son père - ce n'est pas imaginable. Mais, par cet aveu, le rêve de notre héroïne est devenu plus vrai. Elle s'exprime sur ses joies, ses déceptions, ses certitudes, ses incertitudes. Elles sont deux à guetter sa voiture, ses allées et venues dans l'ascenceur de la résidence. Par complicité, peut être par jeu, Noémie favorise leurs rencontres, furtives et neutres, dans telle ou telle chambre de résidents. Quand elles font des achats, elles choississent un peu pour lui ; ainsi cet épisode dans un atelier de confection du voisinage. Chloë y a acheté - avec son amie - de la lingerie fine, brin de rêve qu'elle lui destine en pensée.
Pour le moment, elle distribue les repas aux pensionnaires avec Caroline, autre employée de la Maison et autre amie. Imprégnée des vérités des lieux, l'avenir la révélera intolérante, hermétique au vrai, insensible au beau. " Madame lacure désire un potage et un dessert. Pour Monsieur Bribas, il faut ajouter de la viande ; quant à Mademoiselle Le Peintre, elle ne prend pas de potage. Ne pas oublier le yaourt sans sucre de Madame Maffi ". Même protocole, même attention à chaque porte du couloir. Le temps file, il faut desservir et aider le coucher. Dix neuf heures quinze, souvent dix neuf heurs trente, arrivent vite ; il faut courir, encore courir, toujours réduire les instants pour rêver, pour vivre.

Le jeudi fatidique apparaît. Elle a, pendant la coupure de l'aprés midi, papoté sans entrain avec sa maman. Une boule dans la gorge, un poids sur l'estomac lui soulignent le caractére particulier de cette journée. Le travail du soir effectué, l'heure de la consultation arrive. Déjà, seulement, si vite, si tard, si tôt, autant d'angoisses qui l'étreignent au moment de passer la porte du cabinet médical. Il vient à la rencontre de la patiente précédente et l'aperçoit ... les battements de son coeur s'accélérent, ses mains sont moîtes mais il se contente d'un sourire et se tourne, en compagnie de sa cliente, vers la salle d'examen. Femme à la toux rebelle et aperçu de son rôle. Pathologie banale ou symptome d'une affection plus sérieuse. Là est la question, là est son probléme. Savoir sentir, dépister les signes qui rassurent ou - au contraire - inquiétent, ne pas trop se tromper, au moins pas trop longtemps, envisager les hommes dans la complexité de leur humanité, difficulté mais aussi art de son métier. L'avenir dira si cette consultation n'a pas trop pâtit de la visite qui suit.
"Bonjour Docteur."" Salut Madame, qu'est-ce qui t'améne ?.""J'ai une vaccination à faire." Ils jouent la comédie de la vie mais leur esprit est loin de cet entretien sans relief. L'un des deux détournera-t-il les certitudes du conventionnel, laissera-t-il parler ses sentiments ?
L'examen se déroule puis il se dirige vers son bureau tandis qu'elle reste un moment sur le divan, le temps de se revêtir. Ils se devinent plus qu'ils ne se regardent, l'atmosphére parait lourde, le temps infini. Soudain, soumis à une pulsion - aussi incontrôlée que spontanée - il se léve et tend les bras pour aider Chloë à descendre de la table d'examen. Va-t-elle le regarder d'un air réprobateur. Va-t-elle banaliser son geste. Va-t-elle se jeter dans le même élan que lui. Une éternité de quelques instants s'installe puis un orage éclate, le vent se léve, des éclairs fussent ... elle aussi tend ses deux bras. Ils se trouvent face à face, yeux dans les yeux, main dans la main. Dans le silence, ils franchissent le Rubicon des bonnes moeurs en s'embrassant.
Les bras tendus, que de fois - par la suite - ils revivront cet envol vers l'absolu !




CHAPITRE III



Leur deuxiéme rencontre avec le vrai sera une révélation, une révolution. Rejetées les pesanteurs d'un milieu réducteur, abandonnés les mirages d'une société vouée à consommer, oubliées les frustrations de taxes et charges énormes et galvaudées, laissées pour compte les résignations d'une vie sans ambition, ce rendez vous d'amour leur donne des yeux d'enfants et le sentiment que le rationnel puise sa source dans l'irrationnel. A cet instant, ils sont convaincus d'être libérés, pour l'un des vagues à l'âme de la cinquantaine et des doutes que soulévent cette société, pour l'autre des soumissions environnantes. Le monde s'ouvre devant eux et leur appartient.

La porte de la salle d'examen à peine fermée, ils s'embrassent et s'offrent au merveilleux d'une vie qui plonge dans l'absolu. Baiser intense qui libére l'âme et ouvre un univers de Belle Vie. Elle le regarde avec des yeux brillants, il l'admire, surpris et passionné. Corps serrés et lévres soudées, le destin vient de les réunir. Passée cette extase, la vie reprend ses obligations mais sans ses rigueurs. Il est sur un nuage, regardant les gens là-bas, en bas, avec gentillesse, sollicitude, peut être un peu de béatitude. Elle part dans cette nouvelle existence un peu désorientée ; la rencontre de sa destinée bouscule son univers, léve des angoisses mais aussi des certitudes. Le même jour, dans le vert camaïeux de cette contrée, leur chemin se croise. Appel de phare, les deux voitures se garent pour un moment de passion.
Dés lors, ils dessinent - trait par trait - une fléche immense sur la toile que constitue leur environnement. Celui-ci les maintiendra dans la réalité sans les plonger dans la banalité car ils accepteront de le défier.




CHAPITRE IV



L'environnement de Chloë et Bruno est un pays rural, intensément rural. Le climat est doux, le paysage dominé par les prairies, maintenant les champs de maïs. Il ne présente pas de collines, quelques forêts et des cours d'eau qui s'étalent langoureusement, se détournant pour ne pas déranger les animaux qui pâturent. Il se dégage de ce bocage vendéen - formé de prés, clos par des levées de terre plantées d'arbres - peut être une beauté, plus sûrement une solidité.
Pour pénétrer l'intimité des lieux, il faut soulever le châle qui enveloppe ses habitants. Ils sont immergés dans la religion ; les calvaires - qui poussent à chaque intersection - indiquent le chemin de la région comme de la vie. Les gens du pays portent un état d'esprit digne de respect mais suranné ; basé sur les constructions humaines faites autour de la religion plus que sur Dieu, il est - aussi - dénaturé par l'esprit de l'époque. Ces chouans - prêts à prendre l'étendart de qui les séduit, surtout s'il symbolise les bonnes maniéres et la parole de Monsieur le Curé - quittent progressivement leur costume rustique pour vêtir l'artificiel qu'impose une standardisation. Ce sont, également, des personnes accueillantes. Cet endroit isolé, éloigné de tout, est un trait d'union entre la Normandie, la Bretagne, la mer, ses mirages lointains, et le reste du pays. Ainsi, les habitants ne sont pas, par nature, hostiles à l'étranger. Ce sont, enfin, des êtres plongés dans un pays resté de bocage. Messes, chemin de croix et manifestations agricoles sont les points de convergence. Avec les rencontres de famille, le bal du Dimanche, le loto et la belote, l'essentiel des centres de réunion et d'intérêt se trouve résumé. Pour être complet il est nécessaire d'ajouter, maintenant, les heures passées devant le poste de télévision. Cet outil, de démesure et de destructuration depuis qu'il s'est vendu à un capitalisme sans mesure humaine, remplacent un peu, sans doute beaucoup, le Prêtre. Pour l'endoctrinement et la mise en valeur du virtuel, cet étrange lucarne remplit parfaitement son rôle ; pour initier l'éveil, nettement moins ; pour développer le bon sens et le concret, pas du tout. L'essentiel, pour cette bonne fée cathodique, est de conditionner, de rendre obése un troupeau voué à consommer et à être consommé.

Ce pays rural est en pleine révolution agricole. Le bocage et les petites exploitations laissent place à des structures étendues où la notion de rentabilité remplace celle de solidarité. Le probléme n'est plus de vivre sur et par sa ferme mais d'être efficace, d'aller vite et à l'essentiel où - du moins - à ce que le monde moderne classe comme essentiel. Notions de profit, de gain de temps dénaturent les rapports entre les habitants comme vis à vis de la nature.
Ces nouvelles normes de vie conduisent à une dualité entre passé et avenir, sont source d'incompréhension entre les générations. Les anciens s'accrochent aux rites, essayent de maintenir esprit de terre et conception d'antan mais ils sont balayés par la course aux subventions et le besoin d'acheter le dernier gadget à la mode, c'est à dire vanté par la publicité comme objet du siécle, juste avant celui de la semaine prochaine. Les habitants souffrent de la perte de liberté que cette course aux besoins impose, car l'indépendance fait la richesse de leur métier, mais ils continuent leur chemin, soumis à l'ordre établi. Nombre d'entre eux ont conscience de plonger vers un avenir douteux, d'échanger leurs racines contre des fleurs plus ou moins artificielles mais ils sont pris dans un bain infernal qui leur interdit de revenir vers d'autres valeurs sous peine de se noyer.

Cette lutte entre le monde environnant - son évolution, ses artifices - et le passé - ses traditions, ses caractéristiques - est un élément important du contexte dans lequel évoluent nos héros. Exacerbée par le brin d'obscurantisme qui transpire des lieux, elle déstabilise les gens, les poussent à l'insatisfaction et à ses dérivés, agressivité et intolérance.


CHAPITRE V


Ce cadre de vie conditionne l'existence de nos héros qui se poursuit, pleine de naïveté mais aussi de dangers. Gare aux candides qui s'écartent des règles en vigueur !
Un rendez vous à la Résidence des Personnes âgées se profile. Chlöe fait les soins, Bruno consulte. Doucement, elle le rejoint. Ils croisent leurs regards, sourient, mêlent leurs pas dans le couloir puis reprennent le cours de leurs activités sans oublier de fixer un autre moment de rêve. Il quitte ses rendez vous du soir et rejoint Chlöe à la sortie de son travail. Garé sur une aire de stationnement, tous feux éteints, il surveille les allées et venues en imaginant sa Belle. Elle apparaît, silhouette furtive qui se glisse à la porte des vestiaires, pénétre dans son véhicule et s'engage vers la sortie du bourg. Au carrefour, tout en haut de la côte de Louchie, les deux voitures prennent une voie qui plonge dans la nature. Ils longent une forêt déjà réduite à l'état d'ombre et là-bas, prés d'un pont de pierre, s'arrêtent. Elle lance ses bras autour des épaules de son amant dont les mains s'égarent, atteignant deux seins aux mamelons vigoureux. Un frisson les parcourt, l'éternité s'ouvre mais reste limitée au temps qui passe. Les mains courrent encore une fois puis la portiére se ferme. Par la vitre ouverte, ils s'embrassent et se donnent rendez vous pour le surlendemain. En fonction des obligations de chacun, celui-ci aura lieu dans la cour d'une vieille ferme abandonnée. Déjà ils se sont rejoints, déjà ils oublient le monde environnant ... peut être à tort. Du diable vauvert, plus précisément d'une barriére en bois, surgit une femme, fagotée comme ce n'est pas possible mais couronnée d'une bonne bouille. Personnage voué à sa famille et à sa ferme, elle est toujours pressée et sous pression. Ils se redressent gauchement et esquissent un bonjour Madame. Elle passe comme si de rien n'était.


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corillion jean claude
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MessageSujet: Re: TOME I   Mar 3 Juil - 6:57

La rencontre suivante est somptueuse. Elle est seule à son domicile. Avec cette pointe d'émotion et d'impatience qui ne le quittera plus, il pénétre par le garage, emprunte un long et sombre couloir, remarque un filet de lumiére par une porte entrouverte et découvre un spectacle féérique. Elle est là, flottant dans l'espace, vêtue de la nuisette bleue achetée avec son amie quelque temps auparavant. Deux colonnes d'ânge dessinent le haut des escaliers, le mur azur du couloir est parsemé d'étoiles. Vision divine qui évoque une Apparition. Offrande des Dieux, bras tendus, Chloë donne le départ vers l'absolu.
Difficile, pour Bruno, de reprendre pied ensuite dans le journalier. Un détail, un rien, rend ce retour plus léger. Prenant une cigarette, il met la main à la poche, sent un morceau d'étoffe et le sort. Une petite, toute petite, culotte s'est blottie là. Il sourit et part, rasséréné, vers ses patients à la recherche d'humanité mais aussi d'argent, étalon absolu de la réussite dans la jungle actuelle de libéralisme débridé. Milieu régit par les rapports de force, il impose - pour survivre - ruse, tromperie, égoïsme et absence de scrupules.


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corillion jean claude
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MessageSujet: Re: TOME I   Ven 17 Aoû - 10:13

Dans un univers si hostile, la Belle Vie - leur rêve - peut, à tout moment, être engloutie, au moins souillée. La route du futur confirmera ce sentiment en s'enrichissant d'une multitude d'événements aux niveaux desquels deux personnages interviennent.


CHAPITRE VI


Le premier est une religieuse que mille éléments ont rapproché de Bruno. Leur profession - elle est directrice de cette maison de retraite, il en est le médecin référant - mais aussi leur foi, l'une croit en dieu et l'autre aux hommes, leur rejet d'un individualisme forcené, leur lutte pour quitter la tyrannie du paraître ou encore leur volonté de ne pas plonger dans une société où la seule morale est celle du résultat.
Depuis longtemps, leurs activités les ont conduits à évoquer les richesses mais aussi les aléas de la vieillesse, miroir du devenir. De là est née une conception de l'existence des anciens puis, plus tard, un projet qui pousse vers la vie et non la survie. Celui-ci méne à de nombreuses actions, souvent avec le soutien de bénévoles.


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MessageSujet: Re: TOME I   Ven 17 Aoû - 10:27

Pour éviter une cacophonie entre résidents, familles, employés et bénévoles, du calme et de la sérénité sont indispensables. La liaison de Chloë et Bruno constitue un facteur de perturbation. Conscient de cette situation, il choisit un 21 juin en début d'aprés midi pour rendre compte des faits à son amie. Incrédulité, stupeur, réaction nucléaire avec processus en chaîne, et ta femme, et tes enfants, et la famille de Chloë, et les conséquences sur la Maison, et le qu'en dira-t-on, et puis, et puis, pour arriver à comment va-t-on gérer cela.
Colére, interrogations et ... prise en compte qui témoignent du désarroi et de la richesse de coeur de Soeur Anne Françoise. Une rencontre à trois jette une ballerine - les pieds chaussés d'un outil qu'elle maîtrise mal - sur le sol glacé d'un bureau. Tour à tour, ils expriment leur détermination, leur volonté de ne pas perdre un bonheur si profond, leur impuissance à lutter contre un phénoméne venu d'ailleurs. La religieuse les invite à réfléchir, à respecter leur environnement mais sa foi en un au-delà et leur foi quasi surnaturelle s'associent pour ébranler ses certitudes. Elle glisse d'un état de réprobation à un état de compréhension.


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MessageSujet: Re: TOME I   Ven 17 Aoû - 11:27

L'autre personnage est plus délicat à présenter. Davina est une femme atypique, dotée d'un quelque chose qui la rend, sinon attirante, du moins pas anodine. Elle présente une impulsivité sévére qui conduit Bruno à la prendre en charge sur le plan médical. Au fil du temps et des épisodes, il essaye de la comprendre, la prend en sympathie, un peu en pitié. Ainsi se tisse une relation qui, malheureusement, aboutit à une banale relation sexuelle, sans sentiments, sans histoire, sans lendemain.
La nature humaine est-elle bonne ou mauvaise, n'est-elle pas simplement humaine ? Il ne parait pas raisonnable d'imaginer un lapin ou un éléphant bon ou mauvais. Ils peuvent être modulés plus ou moins par un dressage mais il demeure impossible qu'un lapin écrase tout sur son passage ou qu'un éléphant avance en faisant des bonds. Les caractéristiques inhérentes à l'espéce sont inscrites dans leur potentiel et intangibles. Quant est-il de l'Homme, lui aussi membre à par entière de l'espéce animale. L'éducation, plus exactement l'ouverture à la réflexion, a une action plus puissante qui rend compte de sa place particuliére dans la chaîne de l'évolution mais le devenir de l'humanité, tel qu'il se dessine, rend circonspect vis à vis d'une action fondamental sur ses réactions.
Quoiqu'il en soit, l'arrivée de Chloë rompt l'engrenage maléfique mais donne jour, chez Davina, à une aggresivité peu courante. Maniaque du téléphone, elle joint - tour à tour - l'épouse de Bruno, le frére, la mère puis le mari de Chloë. " Si vous cherchez votre épouse, elle est - depuis un moment - chez le Docteur ". Un cas, parmi d'autres, qui leur impose adaptation instantanée et coopération de quelques amis dans la confidence. Suite à cet appel, Frédéric essaye de contacter sa femme. Christine, tante de Chloë, reçoit la demande du mari et joint notre héroïne. Celle-ci réagit en expliquant ce passage par un désir de montrer ... ses sujets de concours. Elle vient, en effet, de passer un concours dans une institution para-médicale.
Pour revenir aux communications, il reçoit dix à quinze appels par matinée. La sonnerie retentit, il décroche, personne ne répond, il raccroche. Ce phénoméne répétitif alourdit l'atmosphére feutrée du cabinet médical. Plus tard, il apprendra que cet état second de Davina était entretenu par un homme respectable au regard de la Loi, moins devant la Morale. Être dans les régles de la Justice n'interdit pas, en effet, d'être lâche, veul, faux, méchant, Toto comme le résume notre héros. Celui-ci développera, ainsi et par mille autres façons, un terrorisme du quotidien et abusera de la crédulité environnante. Son attitude, constante dans le temps, enrichit la trame de ce roman et permet de comprendre pourquoi Blaise Pascal évoque la nécessité d'un ordre de la charité ou André Comte Sponville la présence de limite morale dans la bonne marche d'une société.



CHAPITRE VII



Malgré les orages futurs, nos amoureux poursuivent leur idylle en négligeant la moraline environnante. Décrite par Nietzche comme une conscience en carton pâte, toute d'apparence et farcie d'hypocrisie, cette derniére est une drogue pour apaiser les envies ou refouler les frustrations.
Chloë rejoint Bruno sur une aire de repos d'une commune avoisinante, un sourire plein de promesses aux lévres. En un coup d'aile, les virages de la Riballiére sont avalés, la route du paradis aussi. Un bonjour au Père Chevelu, sympathique mais toujours à la recherche d'éléments susceptibles de colorer sa vie, leur ouvre l'accés au cabinet médical. Ils empruntent le couloir, quittent le secteur professionnel, joignent l'étage et s'installent dans un fauteuil. Baignés par la châleur de ces instants, ils s'embrassent et s'allongent. Bruno admire le corps offert de Chloë pendant que ses mains parcourent la douceur de son dos, la fermeté de ses cuisses. Des mains si libérés incitent les corps à plonger dans les délices de l'abandon. Scéne d'amour classique, pimentée d'un parfum de romantisme qui lui donne sa saveur. Passé l'acte de chair, il s'échappe tranquillement tandis qu'elle reste allongée langoureusement. Le visage entre les mains, elle exprime quelque chose d'un ange.


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MessageSujet: Re: TOME I   Ven 17 Aoû - 15:51

Cette vie, riches d'émotions, appauvries de mensonges, les méne à la période des vacances, temps de séparation et de réflexion pour chacun. Souvent, Bruno part seul le long de la plage. La nuit, les vagues, les bruits de la ville, la musique lointaine, la luminosité de la lune forment un monde irréel, peuplé de Chloë. Pendant ce temps, elle vit dans le tumulte. Poursuivie par les appels téléphoniques, elle se rend au domicile de Davina. Avec un plaisir malsain, celle-ci décrit des scénes sulfureuses. Le mauvais diable sent sa proie à porter de main mais connait mal son caractére de fer. Furieuse parce que son amant s'est, peut être, livré à des jeux burlesques, surtout parce qu'il lui a menti, elle s'enveloppe d'un voile de réprobation et sort. Elle lui avait demandé la nature exacte de ses rapports avec cette femme mais il avait esquivé. Ce mensonge est une source de feu pour la nature impulsive de Chloë. Elle part, révoltée, en voyage. Les séparations, cependant, sont utiles car, progressivement, sa colère tombe. Elle se languit même de lui et téléphone de la Rochelle. Ils échangent quelques mots, riches de leur présence. Ceux-ci n'évitent pas - dés son retour - une mise au point crûe et sans détour ...
Calme revenu, ils vivent leurs rencontres suivantes dans la forêt de Bruyéres. Endroit délicieux en cette période où décline l'été ; grands arbres aux multiples dorures, petits buissons aux feuillages satinés et chemins pleins de senteur, parcourus de temps à autre par un cavalier, en font un endroit idéal pour rêver. Ils leur arrivent de parler enfant, d'un petit qui couronnerait cet amour transcendental, simplement humain. Ce sera une fille, elle s'appelera Maïmouna, a décidé Bruno, aussi péremptoire que passionné. Leurs pas les conduisent vers un escalier en bois où ils déroulent un protocole immuable. Elle retrousse ses jupes, s'assoit en cavaliére sur ses cuisses - corps contre corps - et s'offre à leurs désirs.


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MessageSujet: Re: TOME I   Ven 17 Aoû - 16:23

CHAPITRE VIII



A l'occasion d'une promenade, ils construisent un événement qui marquera leur vie. Celui-ci voit le jour en plein soleil, au milieu d'un champ de maïs coupé, à la vue et au su de tout le monde. Au bout de quelques instants, astre du ciel, rase campagne et voyeur éventuel disparaissent ; un train passe, ils le prennent, il va au bout du monde. Pendant ce voyage, ils décident de s'accorder une fin de semaine en oubliant mariage, obligations et bonne convenance.
Le jour convenu, elle part le matin, lui en début d'aprés midi. Ils se retrouvent pour aller à la découverte d'un restaurant quelconque sur les bords de Loire. Aprés un repas aux chandelles, un retour merveilleux - peut être pas dans les régles du code de la route - leur ouvre les portes du domicile de Christine. Ils s'installent et regardent, main dans la main, un arbre majestueux qui domine la cour. Celui-ci accroche la lune et dessine un chemin vers les cieux, invitation au rêve et source de plénitude qui donne un sens aux actes. Le lendemain, un épisode assombrit le charme de cette fin de semaine. Frédéric téléphone, converse avec Chloë et lui donne rendez vous pour le soir. Inconsciemment s'installe, chez Bruno, un sentiment de dépit, de frustration, de jalousie simplement. Des évènements irréversibles orientent, dés lors, leur romance et scellent le vrai de leur vécu.

En consultation chez les parents de Chloë, il ressent une ambiance tendue. Reine mère lance, d'un ton aussi sévère qu'autoritaire,"qu'est-ce qu'il se passe avec ma fille ?". Il accuse l'instant, parcouru non par un sentiment de honte ou de déshonneur mais par une résignation pleine de volupté et emplie d'étoiles, l'amour de Chloë, le sourire de Chloë, le corps de Chloë. "Je suis son amant, situation délicate mais essentielle". Ces aveux brutaux déclenchent une tempête. Toinette proclame avec, peut être un air de mépris, au moins de colére,"cette histoire n'a pas de sens, je vous demande de l'arrêter. Vous êtes marié, vous avez des enfants. Chloë est mariée, elle a un fils". Elle tonne son incompréhension, son désarroi devant une situation qu'elle ne maîtrise pas et qui rejette trés loin la normalité d'une vie organisée, de naissance organisée et de voyages organisées ...


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MessageSujet: aine   Sam 18 Aoû - 1:36

Il se précipite sur le lieu de travail de Chloë et lui fait part de cette entrevue. Elle n'exprime aucun sentiment et l'entraîne vers la chambre 322. Sa réponse sera un regard passionné puis elle rejoint ses activités. Le soir venu, elle prend le chemin de l'office de ses Parents sans savoir si elle s'expose à une lapidation, une répudiation ou une sévère réprimande. "Sois raisonnable, il y a une grosse différence d'âge entre vous, il a déjà eu des aventures, ce n'est pas un gars qui te convient. Tu étais comme tout le monde, bien en phase avec les Messieurs de la télévision, bien en harmonie avec les Messieurs du Clergé, bien en régle avec les Messieurs qui nous gouvernent. Tout était pour le mieux, alors reprends ton joug et tires". Chloë pleure mais ne revient pas sur ses certitudes. Ceint d'une sérénité encore fragile, elle n'imagine pas les épreuves initiatiques qui vont lui être proposées pour ouvrir le chemin de leur monde mais elle sait, inconsciemment, qu'elle doit suivre son destin.
L'une de ces épreuves est en rapport avec la fin de semaine somptueuse qu'ils ont vécu ; elle exprime la complexité humaine mais aussi l'infinie vibration des sentiments amoureux. Bruno a gardé, dans le délice de ces moments passés, un je ne sais quoi d'amertume. Depuis un moment, des scénes le hantent et l'appel téléphonique de Frédéric a avivé cette hantise. Au terme de son dernier rendez vous professionnel, il attend Chloë en remplissant des pages et des pages qu'il dispose dans la salle d'examen. "Non au gaëc, le gaëc s'est fini, le gaëc ça suffit !". Des dizaines d'affiches prennent, ainsi, naissance. Elles constituent une déclaration d'amour aussi forte que source de feu.
Elle passe par le sous-sol, il entend le bruit des gonds et sort avec la pointe d'émotion et d'impatience habituelle auquelle s'ajoute, à cet instant, un sentiment complexe associant crainte, soulagement, satisfaction et défi. Elle sourit, il lui prend son manteau, ils s'embrassent. Chloë entre et, sans un mot, ramasse les billets disposés à droite et à gauche. Elle les parcourt, ferme les yeux puis soupire, "j'ai compris et je te comprends". Ils n'en reparleront plus.



CHAPITRE IX



Dans les jours et les semaines suivantes, Bruno et Chloë vivent un rêve. Leur amour les méne vers un humanisme, riche d'avenir et plein d'absolu. Dans leur course au bonheur, l'une des étapes passe par un hôtel de Bruyéres. Le ciel est bas, il fait froid mais leur passion reste brûlante. Face à de grands ateliers, deux ports les appellent. Ils choisissent l'un d'eux et - avec une certaine appréhension mâtinée de curiosité - elle pénétre dans le hall. Comme deux enfants s'apprêtant à faire des bêtises, ils baissent la tête et accélérent le pas pour rejoindre le couloir d'accés au bonheur. La porte fermée, ils sont seuls, délivrés du poids des regards inconnus. Il fait bon, un clair obscur règne, un fond musical se fait entendre tandis qu'une chambre s'offre. Malgré sa banalité - un lit, deux fauteuils, une table avec télévision, un coin douche et, au fond, une fenêtre - l'endroit leur paraît somptueux. Délicatement, les habits de Chloë disparaissent, faisant apparaître - dans la pénombre de la piéce - une ombre fraîche, gracile, que Bruno désire comme toujours, comme tout le temps. Splendide d'aimer et surtout d'avoir faim d'aimer. Autant la chose filmée en gros plan peut paraître grossiére et dérisoire ; autant la chose, en plein rêve et en pleine démesure, est belle et noble. Le temps s'écoule, la nuit tombe. Chloë jette un regard par la fenêtre et découvre de la neige. Il a même beaucoup neigé, ce qui ralentit leur retour ; pas essentiel selon un, délicat pour l'autre.
Vivre sur un nuage peut rendre incompréhensible les réalités du monde sous jacent, ils vont en faire le constat. Peut être par pudeur, sans doute par fierté, sans doute aussi pour ne pas troubler la quiétude qui les enveloppe lorsqu'ils font un morceau de chemin ensemble, elle n'a jamais évoqué ses épreuves, ses interrogations. Lui ne cherche pas à deviner et se contente de savourer les délices servis. Mais le retour sur terre est inévitable. Il peut, dans leur contexte, se faire cul par-dessus tête. Nous sommes à la veille du réveillon, Bruno attend Chloë à la fin de ses activités. Elle arrive, fatiguée physiquement, usée moralement, et lui paraît distante, moins passionnée. Surpris, avant tout par son égoïsme, il essaye de comprendre les origines de cette retenue. Aprés quelques vains instants de recherche, ils se quittent mal à l'aise. Perturbé par la passion qui le désarçonne et son vécu qui le désoriente, Bruno rejoint son domicile plongé dans un désarroi démesuré par rapport aux faits. Il est bien parmi les siens mais mal de ne plus comprendre Chloë. Il a le sentiment, ce soir là, d'en être trés loin, de ne pas être capable de soulever la chape d'idées reçues et de soumission qui l'étouffe.

Profitant d'un instant d'isolement, il rédige une lettre à son attention. " Tu me reproches de ne pas te parler de moi, je vais le faire. Je suis triste, profondément triste. Notre brève rencontre d'hier me plonge dans le doute et la perplexité. Il me semble que tu souhaites que je vive dans l'ombre, que je me contente de brefs moments de bonheur, que je cache ces instants qui m'émerveillent. Je devrais être satisfait, butiner sans obstacle et fuir quand l'heure est arrivée. Attitude simple à suivre mais qui banalise le phénoméne exceptionnel que nous vivons et nous plonge dans le lot de l'adultére banal et médiocre. L'amour est beaucoup plus un acte moral que physique. Il unit le pourquoi et le comment de la vie, se concrétise par des promenades main dans la main, par des regards complices ou des sourires partagés. Ce feu ne s'épanouira pas dans l'ombre, en cachette, au fond d'une masure sans fenêtre. Tu m'as permis d'approcher des sommets jamais atteints, des fleurs jamais vues ; je ne crois pas qu'il m'aurait été possible de comprendre le sens de l'existence sans ton apparition. Tu m'as projeté hors du temps, hors de l'espace, il m'est impossible - maintenant - de rejoindre le commun d'une liaison extraconjugale. J'ai, sans doute, beaucoup de défauts ; je suis, sans doute, trop rêveur ; j'aime, simplement, un ange dont le destin est, peut être, de rester intemporel. Je t'embrasse".
Le jour même, sans avoir connaissance de cette supplique, Chloë débute une procédure de séparation. La seule excuse de Bruno est de ne pas savoir ; il ne sait toujours pas en ce début d'année ...


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MessageSujet: Re: TOME I   Sam 18 Aoû - 10:33

CHAPITRE X



L'ordonnance de séparation de corps a été délivré ; Chloë part avec son fils justin. Que ressent-elle ? Peut être un soupçon de nostalgie, sans doute un soulagement, beaucoup de questions et le souhait que la transition se déroule vite. Son nouveau port est une habitation à logements multiples ; la seule de la commune, à coup sûr loin des regards indiscrets. Malgré cette précarité, ce nid leur a offert des moments intenses, à l'image de l'instant où Bruno a demandé à Chloë de dormir nue. Elle en a perdu sa jolie nuisette ! Tous ces moments qui la conduisent à se glisser, avec un désir impatient, sous les couvertures sont si doux et si puissants qu'il les vit comme un cadeau des Dieux.
Cette sensation de corps offert et disponible dégage une force infinie. La vie paraît plus jolie, l'existence se couvre de merveilleux et le monde de beau. Pour le moment, ce monde est là, loin du rêve et du magique, prenant sa voiture pour épier "s'ils sont toujours ensembles", jetant un regard hautain et réprobateur vers ces fenêtres du pêché, la besace emplie d'interrogations et de rejet. Bruno, plus marqué par l'incompréhension et l'intolérance qu'il ressent que par la désaffection qu'il constate, est aussi riche d'énergie que pauvre de points de repéres. Il est miné par ses interrogations, par ses bouleversements familiaux, par l'attachement qu'il garde envers sa femme. La maladie d'amour l'a frappé brutalement ; elle est difficile à assumer mais lui apporte un tel sentiment de plénitude qu'elle reste une offrande.

Leur romance est à l'image de la vie ; elle n'est pas le Paradis mais en comporte des aspects. Elle leur a permis de fuir le virtuel, la banalité du quotidien mais aussi d'appréhender les difficultés du "hors piste". La passion offre une vision plus large, livre un état d'apesanteur, conduit à un approfondissement de l'être, favorise l'obtention d'une confiance en soi ; autant d'éléments qui les poussent vers l'authentique et leur évite de plonger dans un univers de croyances stériles. Sans les vérités qu'elle révéle, sans l'énergie qu'elle procure, l'homme s'épuise à mélanger, superposer, croiser, empiler, recouper des idées reçues, des superstitions. Il se perd dans une vaine recherche programmée du bonheur, malgré tous les principes de précaution dont il s'entoure. Pour se donner le sentiment de survivre, il se jette dans le cynisme, l'artificiel et le trompe l'oeil. Mais ce virtuel conduit à une course à la consommation effrénée, à un hyperindividualisme forcené et à une brutalité des rapports humains, source d'usure physique et de délabrement psychique.



CHAPITRE XI



Le monde que la Passion lui a offert et les constats précédents imposent à Bruno de prêcher son vrai. Tel Don Quichotte, il se lance dans une campagne électorale. Elle lui confirmera le manque de fiabilité et de sérieux de la classe politique. Le rôle de renifleur qu'elle lui a attribué, pour utiliser un terme de l'élevage équin qui colle si bien au fait, conforte son intuition ; désagréable à son échelle, ces caractéristiques politiciennes paraîssent beaucoup plus graves à l'échelle du pays par ce qu'elles incarnent de manque de respect et d'absence de valeurs.

De cet épisode, passé le filtre du temps, il ne gardera guére de souvenirs si ce n'est une atmosphére d'impuissance et un univers d'incompréhension. Une phase illustre ses désillusions ; elle se situe dans le pays du candidat officiel où une réunion publique a été annoncée par voie de presse. A son arrivée, personne, rigoureusement personne à l'exception d'un chat attiré par les lumiéres de la salle. Il fait le tour de l'estrade en miaulant, le dos rond, la queue relevée, le museau collé au bois, étonné de la présence d'un désert si richement éclairé. Bruno, aprés une attente peu fructueuse, se lance dans une envolée verbale.
" L'indifférence, la soumission, le conservatisme, le qu'en dira-t-on m'ont été fatales aujourd'hui mais constituent autant de facteurs pour stimuler ma volonté de dénoncer un immobilisme. Peur de l'autre, peur de l'insécurité, peur des délocalisations, peur de l'étranger, peur de l'Europe, peur de la mondialisation, peur des défaillances induites de
l'environnement, peur de perdre ses acquis, peur de la maladie, négation de la mort, rejet des valeurs humaines fondamentales ... toutes ces incohérences, et bien d'autres, poussent au fatalisme, au repli sur soi et transforment une société d'espoir en société de désespoir. Une décadence se dessine, des fractures apparaîssent selon un tribun, riche de son absence de scrupule et de l'acuité d'une vision centrée sur la pensée unique qui s'épanouit, depuis des décennies, sous la protection d'une morale d'état. Concue pour autoriser des discussions avec le reste du monde - éventuellement avec des voyoux étrangers - cette derniére est, malheureusement, trés dangereuse lorsqu'elle est utilisée pour masquer les méfaits d'une aristocratie de pouvoir à bout de souffle, dépourvue de respect et ayant perdu toute humilité.
Un regard sur l'action des trois derniers chefs d'état permet de comprendre comment cette pensée a envahi le vide d'une société détruite par l'effondrement de ses deux piliers, ordre et progrés, gestion et ambition, loi de la république et foi en l'homme. Le premier, accordéonniste de son état, a bousculé un des piliers et semé quelques graines ; le second, en pulvérisant le deuxiéme pilier, a précipité l'effondrement des valeurs et généralisé ce principe, devenu loi, d'argent roi, de paraître et d'artificiel. Quant au troisiéme, il en a fortifié les racines au point d'interdire toute lucidité ".

Bruno - le chat face à lui - poursuit ses incantations. " Notre monde réclame un vent de vrai pour sortir de sa torpeur. Il faut moins de récréminations et de résignations, plus de sueurs et d'audace - en paraphrasant Churchill - mais cette révolution est inconcevable avec les acteurs politiques actuels. Simples fruits, pour un grand nombre, d'une école à fabriquer des dirigeants, ils sont imbus de leurs prérogatives. Ces écoliers, d'une drôle d'école, ont instauré une morale du résultat, une solidarité de caste, un culte de l'argent et du virtuel. Pour servir leurs ambitions, ils ont mis en place un assistanat, servile et inhibant, en s'appuyant sur un principe d'égalitarisme primaire totalement fallacieux. Avant toutes les considérations économiques que des esprits savants - puisant dans la reconnaissance de leurs erreurs passées, la force d'en imaginer d'autres - ont imposé comme loi universelle des valeurs telles que réflexion, ambition, respect mais aussi envie de vivre, foi en son pays ou encore solidarité, fraternité doivent renaître.
La république, marquée par son passé monarchiste, empêtrée dans le virtuel et le superflu, détournée de ses valeurs par une pensée unique, s'est orientée vers un minimalisme redoutable. Si l'égalité des chances et des moyens doit rester son axe, elle doit s'appuyer - aussi - sur une égalité de devoirs et une volonté de protéger l'ambition pour que tout individu ait envie d'oser et rejette cet assistanat, source de nivellement et de blocage de l'ascenseur social ". Saoulé par ses délires, peut être par sa colère, Bruno replie ses documents et - le chat à ses côtés - plonge dans la nuit à la recherche de Chloë, symbole et âme de son destin.



CHAPITRE XII



" Un échec aux élections, une baisse de clientéle chez lui et une hostilité grandissante autour d'elle, cela ne durera pas aussi longtemps que les impôts ", sentence d'une personne pleine de plénitude au niveau de la réalisation de son être. Elle exprime, néanmoins, une part de vérité d'autant que l'incompréhension et le rejet redoublent autour d'eux. "Je les ai même vus, bras dessus-bras dessous, dans le bois du village" révéle une autre à sa voisine, aprés avoir avalé l'hostie dominicale ... mais les pulsions humaines ne sont pas toutes négatives. Le Petit Prince, par sa ténacité à préserver leur destinée et leurs découvertes, en est un témoignage. Il déroule sous leurs yeux cent raisons de croire et de vouloir. Voilà Emmanuel, depuis longtemps ce colosse plein de sens pratique et de gentillesse leur a donné sa confiance et n'imagine pas de la reprendre. Voilà Joséphine, elle met son dynamisme et son enthousiasme au service de leur image. Et le petit père Froibert, casquette vissée sur le crâne, il a pris un peu de recul mais l'amitié a été plus forte. Et cette femme d'un village voisin, pimpante en dépit des années et des difficultés, elle sourit à leur bonheur et ouvre son coeur. Ou encore celle-ci qui respire l'humanité malgré ses poumons. Bien d'autres personnages seraient à évoquer, ce vieux sage à la grande barbe souvent fleurie et à l'humanisme contagieux, cette mamie emplie de tolérance, ce copain moustachu toujours disponible ou cet ami de la contrée qui, par un "salut Bruno", leur a ouvert les portes de ce pays. Tous gardent une main tendue et témoignent de l'existence d'une vérité essentielle, prés de l'esprit ; ce que de multiples entretiens avec un compagnon de doute, à l'humour trés insulaire et à la sagesse passive, ont confirmé à Bruno.

Le temps passant, notre héros assume son chemin et clarifie sa situation. Plein de tendresse et de respect pour son épouse, Sophie, cette démarche est délicate. Le manque de maturité de la jeunesse, un respect de leur acte, une société qui les a noyés dans son absence de repéres, une boulimie induite de consommation, un état insatiable et sans valeurs, un univers malsain et réducteur ont imbibé le sable de sa vie, de leur vie ; le sable mouvant du temps qui court. Chloë est son bras tendu qui sauve mais ce salut ne s'impose pas sans question. Il lui est difficile de quitter un frére d'armes, un compagnon d'une longue route hérissée de difficultés diverses et de projets fous, délicat de se lancer dans l'inconnu du vrai.


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MessageSujet: Re: TOME I   Dim 19 Aoû - 4:54

CHAPITRE XIII



Atterissant à Guerrin, le rêveur passioné arrive dans un Eden où régne un parfum des mille et une nuit. Ainsi cet épisode où Chloë, mains crispées, bras tendus et yeux clos, invoque dans un chuchotement sa maman et tous les saints du ciel. Ils trouvent, dans ce qu'ils vivent, l'essentiel et l'essence des choses. Mais ces moments restent fragmentaires car Bruno, qui se veut responsable et respectueux sans mesurer l'irrespect qu'ainsi il génére, garde le contact avec son ancien monde. Là, il rencontre une atmosphére de calme, de douceur et pourtant ce monde le laisse de marbre.
En compagnie de Maxime, son fils, il monte la rue du Paradis et lui demande, alors qu'ils croisent la résidence, s'il souhaite rencontrer Chloë. Son refus élargit la plaie ouverte par l'incongruïté mais aussi l'intensité de la situation. Ils ne se sont pas arrêtés, ils sont partis vers l'autre monde, celui de Maxime, celui de Delphine aussi. Bousculant une vie personnelle, sa fille comble le vide progressif que son Pére laisse, stimule sa maman, la guide vers l'avenir mais n'admet pas et ne dispose pas du contexte pour approcher la démesure des circonstances.

Un autre fils, Justin, a été prêté à Bruno par le Destin. Gamin malicieux, espiégle, celui-ci subit de plein fouet la situation. Pendant les toutes premiéres années de sa vie, son univers s'est construit sur d'autres bases où intervenaient non seulement un amour maternel immense exacerbé par quelques failles dans l'harmonie du couple Frédéric-Chloë, mais aussi une culture locale et la culture du siécle ainsi que la luminosité d'une ampoule que la soumission de sa maman rend absolue et universelle. De cette alchimie, et d'un certain laxisme, naît un petit Roi vivant mal tout instant qui ne lui est pas destiné. Enfant Roi, petit Jordy, petite Lolita, produits mais, plus encore, victimes de cette société de consommation. Celle-ci - en hypnotisant les Parents - ampute leurs Petits d'éléments essentiels à la réalisation d'une vie, plaisir de découvrir, humilité d'apprendre, envie d'oser, volonté de choisir, respect des autres.
Ce bout de chou et le vieil épicurien, acharné à défendre sa Belle Vie, ont parfois des difficultés à se comprendre. Un passage du moi vers le nous, du monde facile mais réducteur de l'assistance vers un univers plus délicat, mais prometteur, de responsabilisation progressive semble essentiel à Bruno ; il ne se fait pas sans quelques heurts. Notre héros vit cette situation comme une étape sur le chemin de leur étoile mais il mesure aussi les difficultés qui s'offriront à eux sans une prise en compte par Marie de ces fondamentaux, grâce à l'aide de Chloë. Désarimer un environnement, accepter le passé, avoir des convictions ancrées tout en respectant une tolérance, surtout garder un regard attentionné et complice paraissent des conditions pour maintenir leur cap. Si Chloë et Bruno imprégnent Justin de leur Amour, s'il perçoit la force transcendentale des vérités que porte cette Passion, ce bout d'Homme deviendra porteur d'une puissance capable de lui faire surmonter les handicaps créés, de transcender ses capacités, simplement de l'ouvrir à la réalisation de son être.



CHAPITRE XIV



La période suivante est violente. Alors que les mois de vacances ont été calmes, la rentrée voit les événements s'exacerber. Au club des Anciens, depuis longtemps, leur aventure alimente les conversations et occupe le vide des habituelles préoccupations. A un moment, les aînés se lancent dans une danse qui se veut un hallali mais cela reste peu de chose par rapport aux événements qui vont secouer la Résidence des Personnes Agées. Elle abrite, depuis des mois, une indifférence armée, un rejet vis à vis d'événements aussi inadaptés que vrais. Expression de vérités humaines, ils bouleversent le rassurant rituel, bousculent des lois imposées par la nuit des temps et générent ainsi une situation désagréable car source de remise en cause.
En l'espace d'un instant, l'atmosphére se charge d'une tension explosive. Plus question de projet de vie, du bien être des résidents, du rôle de chacun dans la maison, une armée de regards durs, de sourires narquois et de chausse trappe ébranle les lieux. Pour tous, c'est la curée ; même les plus calmes sont emportés par la meute et se jettent, à pleines dents, sur les circonstances. La violence des sentiments, une colére qui se nourrit d'elle même, broient la vie, leur vie, la Belle Vie. Dans ce marasme, Soeur Anne Françoise protége les fauteurs de trouble mais, surtout, préserve les occupants. Elle tente, avec une volonté certaine et les pauvres moyens que lui autorise le laxisme de l'époque, de maîtriser la rage et le manque de discernement de chouans en colére. Au paroxisme de cette frénésie destructrice, elle convoque une réunion du personnel. Quelques heures avant, Caroline est passée au domicile de nos héros ; ils se sont quittés amicalement en se donnant rendez vous pour cette assemblée. Arrivée sur les lieux, l'amie de Chloë est métamorphosée ; sortant un écrit qu'elle avait rédigé bien avant leur rencontre, elle débite un cortége de plaintes et avis. Suivent quelques inquisiteurs locaux pourchassant les impies puis, comme un souffle de vérité, passe le vent des jardins. Il apporte le vrai, son passage sur les salades et les boutures de géranium lui ayant tout révélé ...
Avec le recul, Bruno a cherché à comprendre les origines de ce déferlement. Possible que leur épopée et ses maux d'âme aient interférés sur son attitude médicale, certain qu'ils ont bousculé des certitudes mais il reste persuadé que ce brasier n'aurait pas atteint un tel paroxisme sans l'intervention d'un pyromane, animé de la force irrespectueuse que procure les turpitudes humaines.


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MessageSujet: Re: TOME I   Dim 19 Aoû - 8:05

CHAPITRE XV



Il est délicat à la Belle Vie de s'épanouir dans un contexte si délétére. Pour le fuir, Bruno et Chloë s'accordent une fin de semaine dans un relais château. Main dans la main, ils rejoignent un hall d'accueil. La présence d'une piscine et une chaleur lourde dictent leur avenir immédiat en leur donnant envie d'eau. Celle-ci impose une tenue de bain, laquelle justifie un déshabillage qui conduit à un danger merveilleux quand régne la Passion. Celui-ci éclate, torride, irraisonné, intense, complet, total, absolu, riche, plein, violent, doux, acide, sucré, simplement naturel et beau. Comment réduire de tels instants à une banale pulsion sexuelle ; comment ne pas y voir l'expression des racines profondes de l'homme ; pourquoi ne pas y lire une notice du vrai ?
Aprés leur étreinte, sous ce soleil, le bain s'impose. Ils s'ébattent un moment puis s'offrent aux rayons du ciel. Calculs et suppositions faits, cette arrivée aurait dû chambouler leur avenir. Ils en auront conscience un mois plus tard, un tube à la main et quelques gouttes d'urines sur une bandelette. En quittant le bain, ils ignorent cette apparition programmée et joignent la salle à manger. A leur demande, un voisin de table scelle - par une photographie - cette page dorée. Ils sont plongés dans la douceur d'un monde magique, une coupe de champagne à la main. A la fin du souper, ils se dirigent vers une terrasse et, de là, gagnent un chemin qui longe un lac. Cette promenade au bord de l'eau est une promesse pour une nuit de toutes les audaces. Le matin les jette dans la piscine. Les jeux d'eau, aprés une soirée torride, sont salvateurs. Le temps passant, leur appêtit s'aiguise et les conduit à table. Le monde autour d'eux constitue un fond pour le tableau qu'ils peignent. Au bout d'un moment, ils déplacent leur chevalet, reprennent la promenade nocturne puis empruntent un pédalo. Aprés avoir joué avec quelques canards jouant les dauphins, ils gagnent un bar où Chloë plonge dans une énorme glace. Ses yeux ronds et son large sourire complétent leur tableau d'une note gourmande. Leur temps paraît suspendu aux pinceaux de Léonard ...

La halte goûter terminée, ils montent vers l'hôtel en devisant. Bruno exprime sa philosophie de la vie, son attente de l'absolu que l'amour qu'il a rencontré lui permet d'espérer. A cet instant, leur Passion enveloppe, protége, sublime une relation complexe, Bruno Pygmalion et Chloë Cheval sauvage. Un moment, sa Joconde semble sourire et aller vers un nous prometteur mais, dés le moment suivant, elle se cabre et galope vers une liberté compromise, liberté relative puisque confinée aux limites du conservatisme local. Bruno souhaite dessiner des ailes à Chloë, en faire un Pégasse majestueux. Il veut lui offrir la palette des options de la vie pour qu'elle se mette en harmonie avec son intime et devienne une ambassadrice du Bonheur, une impératrice du Beau, un repére sur le chemin de l'inacessible étoile. Inconsciemment, une angoisse la pousse à se révolter devant la multiplicité et la complexité des choix. Leur lutte, reflet du romantisme débridé de la liberté et du conditionnement rassurant de la soumission, donne du piment à leur existence.
L'amour - pour le moment - néglige ce conflit et ne retient que la richesse des instants présents, ouverts sur une caverne d'Ali Baba resplendissante.
Un mois aprés ces instants sublimes, la coloration bleue d'un tube oriente leur chemin. Pendant quelques temps, ils construisent un projet, une atmosphére. Ils sont habités d'une rage de vivre, d'un besoin de créer mais la vie de ce qu'ils avaient décidés être une petite fille ne sera qu'éphémére. Peut être effrayée par les pesanteurs environnantes, leur Maïmouna choisit de rester un souffle, un mythe dédié à leur amour.


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MessageSujet: Re: TOME I   Dim 19 Aoû - 10:59

CHAPITRE XVI



Leur retour sur terre est difficile. Le fusil à la main, cachée dans le maquis du commun, la bande à Bader locale monte la garde, les poches pleines de cartouche à moraline et l'oeil fixé sur ces " brebis égarées ".
Sa difficulté à ne pas être envahi par la banalité d'une société, son angoisse à ne pas être capable de les plonger dans le monde qu'il entrevoit, sa colére face à la médiocrité de turpitudes humaines renforcent le désarroi de Bruno. Il ne sait plus qui il est, d'où il est, où il va et prend une décision surprenante, peut être incongrue. Il est ainsi, pétri d'imperfections, tapissé de contradictions, nourri d'indépendance, plein de bonnes intentions, toujours en recherche. Lorsqu'il a quitté Sophie, il redoute de ne pas avoir été digne de leur passé. Il sait qu'il n'a pas rendu compte du caractére inéluctable des circonstances, sans doute parce qu'elles étaient encore au niveau de son inconscient, tellement puissantes mais si surprenantes. Il est persuadé qu'il n'atteindra pas son inacessible étoile s'il ne s'éléve pas à la hauteur du vrai qui l'habite comme du respect que Sophie lui inspire. Une fois encore, il destine sa plume à Chloë.
" j'ai besoin de mettre sur quelques lignes les éléments qui se bousculent en moi. Je t'aime, grande banalité et infini richesse. Je t'aime fort, je t'aime beaucoup mais je vais retourner dans mon ancien monde.
Il est onze heures trente, la vaisselle n'est pas faite, le lit non plus. Je ne suis pas lavé, pas habillé. Cette anarchie est le reflet de l'ordre qui régne dans ma tête. Tu as été, tu es une révélation, une révolution car tu m'as fait comprendre le sens de mon existence. Durant cette derniére période, j'ai eu le sentiment de toucher le vrai des choses. Les phases d'incompréhension que nous avons parfois traversé ne sont que des épiphénoménes, liés au contexte mais aussi à nos personnalités. L'âge, l'éducation, l'expérience de la vie les ont différenciées mais je suis persuadé qu'elles se mouleront au feu de notre amour. Cependant, je vais retourner dans l'autre monde parce que je veux mettre les choses en ordre, ensuite j'irai rejoindre mon frére."

Décision abrupte et conduite discutable. Il est de retour à son ancien domicile ; retour particulier qui le voit en larmes au moment de passer le seuil de la porte. Les liens qui le lient à Sophie sont indéniables mais rongés par l'existence. Ils se sont lancés trés jeunes, trop jeunes, dans le cirque de la vie, fondé sur la mise en scéne, le dressage, le jonglage mais - progressivement - il a pris conscience qu'ils avaient négligé le pourquoi vivre et que sa vie n'avait plus de fondamentaux.
Quelques jours passent puis il rejoint son Frére aux antilles. Bien que la vie les ait éloignés, la main de son Père impose de partager avec lui ses découvertes et les aléas de l'existence. Son caractére, sa façon d'être, sa philosophie ne le conduiront pas à une attitude tranchée mais Bruno sait, inconsciemment, qu'il sera un miroir, un support pour appréhender son moi.


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MessageSujet: Re: TOME I   Dim 19 Aoû - 15:21

CHAPITRE XVII



Revenu des îles, décision prise et surtout assumée, Bruno dépose ses valises chez Chloë et tente de faire admettre ses doutes, sa démarche. Comportement étrange, aussi difficile à porter qu'à expliquer !
Il lui propose de visiter les dépendances d'un vieux manoir que son intime assure être en harmonie avec leur Passion. Leur premier contact est troublant. La maison est inhabitée depuis de nombreuses années ; elle est sale, noyée dans un monde hostile de ronces, d'orties, d'arbre mort, abandonnée par la vie. Pourtant, instantanément, ils perçoivent son caractére magique. La passion, dépassant le laid de l'immédiat, les projette dans le beau du futur. Par la puissance du vrai, de l'irrationnel, du pourquoi, ils redonnent un éclat aux lieux. Une atmosphére chaleureuse s'ébauche, empreinte de la classe dont ces murs sont imprégnés. Pour les remercier, cette demeure chante, brille, livre sans retenue ses secrets et sa brillance passée. Elle s'insére dans un paysage de campagne puissant, garni d'étangs et orné de multiples arbustes. Difficile de faire imaginer, mesurer la profondeur de cet espace qui souligne d'un trait royal leur Amour.
Le passage initiatique devant le grand Frére arrive comme une nuit de noces. La beauté des plages de Marie Galante, où ils se baignent dans une mer chaude, cristalline, profonde, fut un drap de soie pour leur lit nuptial. Là, comme partout, comme tout le temps, les fées impriment un merveilleux à leur romance. Un bateau au fond de l'océan, des rochers bordant la plage de sable blanc, ils se sont aimés, touchant la définition de l'amour, une union des corps dans une fusion des âmes. Lorsque l'esprit est à satiété, lorsqu'il est dans la sérénité d'une certitude sur le sens de sa démarche, les besoins terrestres paraissent si accessoires !


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MessageSujet: Re: TOME I   Dim 19 Aoû - 15:23

VERS L'INACCESSIBLE ETOILE.


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MessageSujet: in posée   Dim 19 Aoû - 15:25

CHAPITRE I



Un vieux manoir accueille donc Chloë et Bruno. Transpirant la puissance de son passé, un peu défraîchi, il rayonne de chaleur de vie. Ce lieu colle à leur Passion, intense mais parfois inadaptée. Dans le film de leur existence, le monde environnant intervient moins. Le vent du temps a dévié l'appêtit ambigü de leurs compatriotes tandis que la retraite de Soeur Anne Françoise et une nuée de principes de précaution ont libéré Bruno de la tumultueuse résidence pour Personnes Agées.

Il leur reste à faire face à l'impétuosité d'une relation Bruno Pygmalion - Chloë Cheval sauvage qui, déjà, s'esquissait aux premiers temps de leur amour. La fougue de cet étalon tient à la présence, en son sein, de deux pulsions divergentes. La premiére, fruit du romantisme et de la Passion, est un symbole du pourquoi qui ouvre sur l'immatériel. La seconde, résultat d'une éducation et de l'artificiel de l'époque, méne au comment de l'univers matériel. Bruno discerne, dans ces deux natures, deux personnages, deux soeurs jumelles, si semblables mais si opposées !
Il les a baptisés Chloë et Marie et s'est résigné à faire toit commun avec elles cependant ce ménage à trois est source de bien des difficultés. Il trouble, par instant, le regard de nos héros, point essentiel pour sublimer le bijou que constitue leur Passion. Celle-ci sera-t-elle suffisante pour repousser les pesanteurs de leur différence ; maîtriseront-ils les vents contraires ; la fusion du pourquoi et du comment, de l'âme et de la raison, permettra-t-elle de transformer le plomb d'une vie prédestinée en or de la Belle Vie ? Autant d'interrogations qui enrichissent à l'infini leur univers.
Cette recherche du graal, cette quête d'absolu tracent un chemin ardu, riche d'obstacles et de déceptions mais tellement humain, tellement hors du temps, qu'il leur offre le sens et les valeurs essentielles de l'existence.




CHAPITRE II




Les circonstances bousculent, à ce stade, leur contexte de vie, le chemin traçé et lancent Bruno à la recherche d'une fonction de médecin salarié. Il se rend, à l'occasion d'une période d'essai, à Mamers. La veille de son départ, la soirée a été houleuse. Chloë vit à contre coeur ce changement d'orientation et Marie accentue le doute. Chloë, Marie, deux esprits au sein d'un même être. Complexe, il associe un naturel passionné et un fond de soumission, à une jeunesse assistée et fermée au doute. Ces caractéristiques, plongées dans le virtuel de l'époque et poussées par un vent de jalousie cinglant, sont exacerbées par les traits de caractére de Bruno. Il est rêveur devant le beau, révolté par le laid, inadapté aux contingences de la société et totalement insoumis, à la sensibilité à fleur de peau. Ces trois personnages interprêtent, cette nuit là, une piéce lourde, chaotique, insensée. Sept heures le lendemain et sept actes passés, il se lance - au volant de sa voiture - dans la nuit et un brouillard givrant.

Devant un virage anodin, les circonstances deviennent essentielles. Il voit deux phares dans le lointain tandis que sa voiture, aussi desemparée et maladroite qu'un scarabée sur le dos, mord le bas côté, s'envole, glisse sur le toit pendant quelques dizaines de métres puis plonge dans le fossé. Il vit cette scéne sans entendre le moindre bruit, sans ressentir le moindre choc, sans percevoir la moindre douleur et sans revoir la moindre scéne de sa vie. Spectateur indifférent à la piece qui se joue, il perd le sens de la conduite de son automobile, peut être le sens de la conduite de sa vie.
Aprés un temps incertain, deux jambes enveloppées d'une cotte le tirent de ce cauchemard. Un homme s'agite au niveau de la vitre latérale de son véhicule et l'extirpe de son engin meurtri. A l'air libre, chancelant et le visage tuméfié, il reconnait - parmi les quelques personnes présentes - une de ses patientes. Elle s'approche et, avec calme, le soutient jusqu'à son domicile. Plus tard, elle lui dira sa surprise devant l'apparition bruyante, à sa porte, d'un martien hagard, blanc comme un linge et évoquant un visage connu.
Désorienté, il ne dispose que de quelques onomatopées pour invoquer de l'aide. Elles suffisent pour faire apparaître Chloë. Aprés avoir réuni les affaires dispersées, elle le place délicatement dans son automobile, appelle un médecin et rejoint la Pohyraie. A leur arrivée, un de ses confréres est déjà là. Bruno restre prostré, automate brisé ; étonné de cette attitude, le praticien conseille une hospitalisation. Tandis qu'il est allongé, une perfusion au bras, il sourit, sans doute pour conjurer le sort, surtout parce que - en dépit de ces calamités - il est persuadé d'avoir approché le vrai dans sa vie.

Le séjour à l'hopital sera court puis son infirmiére, avec d'infinis précautions, l'aide à rejoindre son domicile. Une drôle de sensation, comme peuvent le ressentir les personnes handicapées, l'envahit dans ces instants. Il est momifié, statufié et pas fier de sa dépendance. Assez vite cependant, ce n'est plus d'une assistante dont il a besoin. L'amour l'invite à réclamer la présence chaude et rassurante de Chloë. Revêtue de son habit de lumiére, elle glisse à ses côtés et se fait chatte. La tête sur son épaule, les cheveux disséminés sur son visage et sa poitrine, elle laisse courir sa main, une intensité brûlante au bout des doigts. Se tournant, se cabrant, elle improvise une danse du feu. Soudain, elle se dresse et - Reine des lieux - s'asseoit sur lui. Ils se trouvent unis, solidaires sur un fleuve de passion. Gigantesque, celui-ci les fait traverser le présent en leur offrant la force de surmonter les obstacles et les plaies.



CHAPITRE III



Le cours programmé des événements ayant été - une nouvelle fois - perturbé, Bruno revient à ses activités antérieures, équipé d'une nouvelle voiture, aussi rutilante qu'impressionnante ; attitude ridicule et risible que le monde présent, où le paraitre manipule sans scrupule le réel, rend nécessaire, voire essentielle.
Il constate un changement de mentalité dans son environnement. Beaucoup témoignent d'un sentiment, sinon de sympathie, du moins de tolérance attristée. Il persiste, bien sûr, un quarteron de censeurs impitoyables, puisant leur intransigeance dans l'accomplissement ou la soumission à une vie dont les caractéristiques sont opposées à la Belle Vie, mais cela a beaucoup moins d'importance pour lui. Un parfum de sérénité masque la défiance qu'il nourissait vis à vis de cette contrée - les habitants épient, scrutent, jugent - et le pousse vers une envie de prouver. La plénitude sentimentale, qui l'a envahi, élargit ses horizons, donnent un sens à une multitude d'éléments et attitudes de sa vie passée. Les piéces du puzzle de son existence se mettent, ainsi, facilement et logiquement en place. Sur le plan intime, les faits restent, cependant, complexes. Dans l'âtre de l'existence, les conceptions de deux êtres si différents sont autant de variétés de bois à brûler. Leur amour sera-t-il à l'image du feu, au sein duquel les bûches - si disparates soient-elles - conduisent toujours à un seul foyer incandescent et rayonnant ?
Bruno espére que la Passion les conduira vers un nous, vers une complémentarité dans la recherche de cet art de vivre dont Chloë lui a révélé l'existence, vers une complicité pour les propulser dans le monde du beau, prés de l'astéroïde du Petit Prince. Malheureusement, Marie reste attachée à l'apparent du concret, imagine mal ce vol vers l'immatériel, vers l'inacessible étoile et entrave souvent l'ouverture des vannes du carburant nécessaire à la propulsion de leur fusée. Le bouleversement de sa prédestination, imprimé et imposé par leur envol vers le merveilleux, lui paraît synonime de renonciation à ses racines. Autant de problémes pour Chloë qui lutte, tantôt contre sa soeur jumelle, tantôt contre Bruno. Quelquefois elle imagine, quelquefois elle n'imagine pas, la richesse qui s'offrira si elle atteint, avec leur engin, les marches du Palais du Vrai. Ce château de rêve, ce château du beau, ce château qui ne demande qu'à exister, Bruno a le sentiment de l'avoir entrevu lorsqu'il a tendu les bras à Chloë, lorsqu'il a découvert une déesse mais, aussi, le sens de sa destinée.
Dans ce contexte, notre héroïne cherche avec obstination sa route mais ne trouve pas toujours les balises qui ménent à la Belle Vie ; elles sont si cachées dans le profond de l'âme. Un matin, elle écrit ces quelques mots, "mon amour je veux te dire que je t'aime et j'espére que toi aussi, malgré mes colères. Notre seule mission est d'être complice et complémentaire, nous allons y arriver ". Mais, sur le champ, Marie ajoute "si tu ne déchires pas la toile qui a été conçue pour nous, avec tendresse, sur le métier à tisser d'une éducation." Ou se trouve la vérité, qui détient la certitude, vivre et bonheur sont-ils des chemins différents ?

Novembre approchant, Chloë organise avec Maxime un voyage à Toulouse où il effectue ses études. Le jour fixé, nos héros joignent l'aéroport tôt le matin, pas assez tôt car l'avion décolle sans eux ; contretemps désagréable, onéreux mais cocasse et stimulant. A Paris une alerte à la bombe perturbe la correspondance et la sérénité de leur vol. Peu importe, Cupidon - qui était assoupi à cette heure si matinale - a maintenant pris son poste. Main dans la main, ils pénétrent dans l'aéroplane et s'envolent vers la ville rose. Maxime les méne dans un hôtel charmant, proche du Capitole, puis ils le retrouvent pour accomplir un programme chargé, visite de son appartement, de ses lieux de vie, exploration de la cité des Violettes, hommage à Nougaro, promenade sur la Garonne ... un délice, pour Bruno, de se promener sur l'eau, main dans les cheveux de sa déesse. En conversant, il sourit à ce fils qui - sans en avoir conscience et sans oublier le déchirement vécu - respecte l'intensité d'un irrationnel qui ouvre la morale du comment à celle du pourquoi.


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MessageSujet: ine   Mer 22 Aoû - 8:16

CHAPITRE IV




A leur retour, une sérénité les habite ; elle leur paraît capable de dépasser cette pensée unique qui, en paraphrasant Brecht, permet aux malins de vivre des imbéciles et aux imbéciles de survivre du travail.
Dans leur monde, les journées s'écoulent sans la pesanteur du quotidien. Le soir, Chloë et Bruno retrouvent Justin, lequel s'adapte au climat et aux incertitudes qui gouvernent les lieux. Lorsque le temps vire au variable, il cherche abri auprés de Marie ; l'orage passé, il rejoint Chloë dans sa marche vers le Petit Prince. Marie, Chloë et Bruno lui dessinent, malgré tout, un axe de vie mais ce chemin est ardu, peu sécurisant du fait de la dysharmonie entre les soeurs jumelles qui font sa maman.
A partir d'une premiére esquisse, au gré des épisodes, ils parfont son devenir. La faim d'apprendre, la soif de découvrir, l'envie de créer, l'acquisition d'un peu d'humilité au sein de son environnement et d'une confiance en lui vis à vis du monde extérieur, la capacité à ne pas dévorer les mirages qui l'environnent le conduiront à dissocier l'essentiel de l'accessoire. Il sera, alors, armé pour maîtriser une existence qui -perturbée par l'involution des conceptions publicitaires du fait de cette course folle à l'argent qu'impose un capitalisme débridé - se bâtit désormais sur le trompe l'oeil, le paraître et le superflu. Aux armes citoyens, formez vos bataillons et ... courrez vers l'univers de la consommation. Prêt à porter, prêt à cuire, prêt à vivre une virtuelle jeunesse éternelle, prêt à manger n'importe quoi puisque cela fait du bien au bon cholestérol, prêt à boire à pleines gorgées des horribles faits qui chatouillent la conscience mais surtout assouvissent les bas instincts, prêt, avant tout, à acheter de splendides et fugaces bulles de savon. Peu importe, il suffit que cela soit rapide, sans effort et ne nécessite pas de réflexion. Les excés de Sodome et Gomorrhe ne sont pas si éloignés de l'idolâtrique veau d'or que symbolise cette société de consommation-communication !

Une soirée simple s'organise, rythmée par le maléfique poste de télévision. Un présentateur promet à Chloë et Justin, à tous les consommateurs, au monde entier et même aux autres planétes, qu'une bonne fortune les attend dés qu'ils auront subi l'anesthésiante prestation du Saint Ex des temps modernes.
Bruno rentre de son travail et les embrasse. Il souhaite que régne une complicité joyeuse, une vie intense à trois mais, quelquepart, il aspire aussi à une certaine tranquilité. Morceau de vie, aux notes éparses qui imposent une harmonisation. La conversation s'installe, plongeant dans les espaces laisser libre par l'étrange lucarne. Chloë court du buffet au lave vaisselle, Bruno et Justin mettent le couvert. Le petit garçon s'amuse, se précipite auprés de maman pour faire état des maladresses de son partenaire ... un adjudant aux pas autoritaires avance avec, derriére lui, une jolie gendarmette à la poitrine provocante. Une main avide s'empare de ce sein belliqueux, la soirée s'illumine et le repas change de saveur. Il y a bien quelques " mange Justin, met tes mains sur la table, tiens toi bien, ne regarde pas en permanence la télévision", mais le ton est donné, ce dîner sera à nul autre pareil, comme toujours, comme tout le temps. Suit un épisode aussi banal que puissant, leur douche en commun. Ils se savonnent, se rincent, se taquinent, jouent simplement. Des promesses, un baiser humide mettent un terme, provisoire, à la cérémonie. Chloë sort, aiguise ses dents, met le feu à sa chevelure puis invite son hôte à la table des Dieux.



CHAPITRE V.



Il n'existe pas de bon coq gras, dit un dicton du pays. Difficile de s'opposer à des vérités ancestrales, aussi Bruno en accepte l'augure. Pour le moment, il se bat avec son ordinateur et la fameuse carte vitale qui n'éveille pas l'appêtit de sa machine, sans évoquer les résultats de laboratoire qui se sont égarés au long du réseau santé. Une clef magique, appelée modem par les initiés, néglige la serrure de son affreux, autant que magifique, engin. Dépité, il se ressource en admirant un coucher de soleil. Il fait beau en ce début d'année et ses consultations tardives le conduisent à observer cet astre rejoindre un repos salutaire dans la magnificience qui sied à un roi. Cet splendeur de l'horizon assouvit son naturel rêveur et avive sa pulsion à créer, notamment au niveau de l'espace qui entoure "leur" Pohyraie.
Chloë et Bruno souhaitent donner à ce parc un peu de son lustre d'antan pour qu'il inonde, gratifie, simplement soit digne de leur Passion. Ce projet est immense car la proprieté a souffert des ans, victime du poids de travail et plus encore du poids de la société. En confondant soutien et assistanat, égalité et nivellement, la pensée unique - qui préside aux destinées de cette société - a favorisé la décadence des lieux, peut être aussi celle d'une génération.

La Pohyraie est une bouffée d'air pur, un trait de bonheur entre fiction et réalité. Dans la nuit des myriades d'étoiles y esquissent une voûte enchantée. Le jour a plus d'intensité encore et donne vie à un petit paradis. A partir de la zone de repos qui cerne la maison, limitée par des hortensias et des rosiers, se dessine une allée de rhododendrons dont le vert persistant s'éléve comme un défi au temps qui court. Elle conduit à une plantation de noyers puis ondule vers une petite butte et plonge dans un sous bois. De part et d'autre, des plantes vivaces mettent une note blanche, ocre, bleue, rose, rouge, arc en ciel végétal et tableau de maître. A la limite des fleurs, un taillis cache une faune étonnante, de toutes dimensions et de mille vies. Cà et là jaillissent des arbres centenaires dont la taille donne à l'endroit ses lettres de noblesse. Un sentier creux d'antan - tunnel de verdure, d'ombre et de lumiére - se profile dans le fond d'un carrefour libérant plusieurs avenues végétales. Il ouvre la vue sur un petit bateau tandis que deux hérons s'envolent en maugréant et esquissent d'un vol circulaire deux étangs. Soulignés par un petit chemin, entourés d'arbres et de fleurs, ces piéces d'eau sont offertes aux carpes et aux oiseaux. L'esprit de cet univers paraît si proche des feuillantines d'Hugo !

La journée de Bruno, entre rêve et réalités, entre un monde et un autre, file comme le vent. Son fruit dans l'arbre attend à la maison mais, aprés ses consultations et avant de le cueillir, l'urgence d'une visite s'impose. Cette bonne madame Kenavo est en lutte avec une gastro-enterite qui lui barre la route de la messe du soir. Commentaire acide de notre héros, jaunard disent les gens d'içi, mais surtout soupape de sécurité pour ne pas se perde pas dans les miséres, vraies ou vécues comme tel, des hommes.
A son retour, Justin dîne, Chloë - le sourire aux lévres - lui saute au cou. Elle a mis une tenue légére, suggérant beaucoup, montrant beaucoup moins, pomme délicieuse et tentante.
Anecdotes sur la journée, regards vers le petit puis ils passent à table. A un moment, le téléphone sonne. Chloë se léve, prononce quelques paroles puis Marie tend l'appareil à Bruno. Sa fille, Delphine, lui annonce son mariage prochain, sans forme ni détour. Cette déclaration faîte par la voix des airs, banalement, brutalement, sans contexte le désarçonne. Il bredouille quelques mots puis raccroche, troublé par l'attitude d'une future mariée des temps modernes, si loin d'une Rachel des temps antiques.


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MessageSujet: Re: TOME I   Jeu 23 Aoû - 5:14

CHAPITRE VI



A leur réveil, la plaie ouverte par l'appel téléphonique de la soirée est encore mal fermée. Seul le quotidien de la vie, avec ses petits faits, ouvrira le temps au temps et fermera cette blessure. Chloë partie à son travail, Bruno et Justin s'apprêtent. Le Petit vit chez maman et retrouve papa une fin de semaine sur deux, la moitié des vacances scolaires ; apprentissage pour notre héros que cet état d'oiseau migrateur interroge. La marche réclame un déséquilibre mais est-il utile pour arpenter le chemin de la vie. Lorsqu'il revient de son autre monde, les cheveux raides, les poches emplies de pacotilles, le regard conditionné par cette société qu'il honnit, Bruno se sent loin de l'état d'esprit qu'il souhaiterait lui offrir. Dilemme délicat entre droits génétiques et devoirs du quotidien qui ne trouverait, sans doute, une solution qu'avec une prise de maternité par Chloë mais Marie le souhaite-t-elle ?

Si leur vie comporte ces interrogations, elle est riche aussi d'un flot de petits et grands bonheurs. L'un d'eux correspond à l'arrivée de deux pâons. Ils sont venus dans une grande boite, avec un peu de paille, accompagnés d'une poule et d'un coq. Une foule haletante, mains dans le dos, nez sur le grillage et yeux brillants assiste au lâcher. Aprés le repas, en procession et avec prudence, les habitants des lieux retournent admirer leurs hôtes. Les infinies précautions n'eurent, cependant, qu'un temps. Un soir, Bruno donne des grains rapidement et oublie de fermer la porte. Trés vite, ce petit monde se trouve dehors, heureux de fouler l'herbe fraîche. Destin signé soupire l'apprenti fermier, guillotiné dans son honneur. Une nuit et une journée sur la cheminée de la toiture ont raison de l'obstination des oiseaux et poussent le pâon à prendre sa compagne sous l'aile pour s'élancer vers une vie sauvage dans le bois et les alentours de la propriété. Depuis lors, il les saluent librement, avec grâce et hauteur, parfois dans l'étincellement d'une roue emplumée, toujours à distance et seulement si la gamelle regeorge de victuailles. Le sort de la poule fut moins enviable. Ayant construit un nid sous les rhododendrons, elle y dépose sa ponte. Plein d'admiration et de tendresse, Bruno et Justin se receuillent, chaque matin, devant son logis. Mais leur priére, un certain jour, se heurte à un mur d'indifférence, plus d'oeuf, plus de poule et un petit coq qui traîne les pattes le long des buissons. Ils n'auront plus de nouvelles des absents et leur compagnon aura du vague à l'âme pendant un moment. Liberté, sans toi, l'existence perd toute saveur mais, avec toi, elle devient un combat.
Un autre attend Bruno qui souhaite acquérir un tracteur. Le grand chancelier ayant subi un double traumatisme, la vue du compte en banque et le prix de la machine, oppose le plus net des refus à ce souhait. Mais, pour le bonheur de notre héros, une princesse se cache derriére l'homme de compte. Ainsi un bel engin, rouge comme une Ferrari, large comme le postérieur d'une matrone, fait son apparition à la Pohyraie.



CHAPITRE VII


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MessageSujet: Re: TOME I   Ven 24 Aoû - 6:10

"Maintenant que tu es équipé, viens avec nous Bruno", interpellation moqueuse d'un agriculteur s'adressant à notre héros. Celui-ci confesse que son tracteur, en pleine manifestation syndicale, au milieu des quatres roues motrices - emplies de chevaux, d'électroniques et de son stéréophonique - lui paraît mal adapté. Son engin, beau comme un camoin, puissant comme un taureau, à surtout vocation à mettre en vie leur projet.
Avec son fauve mécanisé, il libére les étangs de leur coquille de ronces, traçe des chemins, ne capitule jamais ou presque. Le terrain accidenté, humide, conduit en effet à certaines péripéties. C'est ainsi que, par un beau matin, il enfourche sa monture et s'attaque aux mauvaises herbes qui envahissent les points d'eau. Une zone un peu inclinée, glissante, perturbe la relation homme-machine et plonge son tracteur dans une mauvaise posture. Il a le nez pointé vers l'eau, le derriére dans les étoiles et les roues transformées en patin à glace. Bruno tire, pousse, jure mais la boue avale inexorablement son engin. Chloë arrive, la maison est dans le même état que lors de son départ au travail, lui - par contre - est métamorphosé. Il est devenu mineur de fond, le visage dissimulé par la boue, le dos voûté et les habits couleur terre. Cet homme dans la détresse touche le coeur de son égérie et fait fondre la colère que l'absence d'acceuil et l'oubli de mettre la table avaient mis à l'ordre du jour. Quatre personnages sont en scéne à ce moment épique, Chloë en tenue de ville, son véhicule relativement préservé de l'usure des temps, Bruno pas fier de sa situation et le petit tracteur en position figée. Une corde met la note dramatique qui n'existait pas encore. Elle relie la voiture à la machine enlisée. Ayant perdu confiance dans les capacités routiéres de son serviteur, Marie prend le volant et demande à son automobile de sauver la situation. Dure, sauvage, impitoyable fut cette tentative de sauvetage. Son véhicule a été projeté d'arbres en arbres ; il est coinçé entre les sapins, ses roues noyées dans le marécage ; sa peinture a pris une note discontinue et César, lui même, est intervenu sur sa carosserie. Le tracteur est passé d'une position inconfortable et figée à une situation osée et instable ; seul le lien solide l'empêche de commettre l'irréparable. A ce stade, nos héros mettent fin à la scéne et gagnent le chemin creux, tête basse, pleins de résignation. Mais l'amour leur donne une puissance inaltérable ; en haut du chemin, ils se regardent, éclatent de rire et s'embrassent. Rendus chez le fermier voisin, celui-ci prend connaissance - avec cette caractéristique patience paysanne - de leur mésaventure et, d'un pas ferme, s'empare de chaînes. Il monte sur son tracteur - un vrai, un dur, un tatoué - et, aux prix de quelques efforts, met de l'ordre dans le désordre ambiant. Cet homme a le respect du travail et de la nature. Sa réponse, spontanée et instantanée, constitue la plus belle des reconnaissances. Ainsi leur Passion, au delà des apparences sulfureuses, s'impose par son vrai. Ne pouvant que glorifier ce fait, Bruno et Chloë entrent en priére dés leur retour à la maison et plongent dans un repas extraordinaire, sans même une assiette.

Qui peut dire que l'amour ne nourrit pas. Peut être les poissons qui donnent vie aux piéces d'eau de leur planéte. Chaque midi ils leur portent, lorsque la vie suit un cour ordinaire, le pain restant. Un vrai délice de voir jaillir ces carpes de taille respectable. Elles montent à la surface d'un coup de queue et engloutissent les morceaux de leurs bouches rondes et avides. Parfois trois ou quatre grosses piéces se précipitent ; des remous apparaissent, un combat d'ombre s'esquisse, des éclats brillants se projettent. Ce merveilleux, ils souhaitent le faire respirer à Justin. Dés que Marie le permet, ils le ménent dans ce monde naturel et beau, dans ce monde coloré et multiple, dans ce monde loin de l'artificiel et du superficiel. Il apprend à connaître les fleurs, les essences d'arbres, les traces laissées par tel ou tel habitant des lieux. Un peu de calme, un lapin détale sur quelques métres ou un pigeon claque des ailes ; plus loin, une couleuvre glisse dans les fougéres ; à tout moment, surgissent des écureuils qui se lancent de branches en branches ou disparaissent comme par enchantement ; un peu plus loin, parfois, un renard guette sa proie ou un chevreuil s'élance sous le couvert. Cet univers demande de l'amour pour le percevoir, de la discrétion pour le découvrir, de l'audace pour s'en approcher, de la patience pour le pénètrer, de l'humilité pour le respecter. Il est une exceptionnelle école de vie pour le Petit.



CHAPITRE VIII.


La résidence des Personnes âgées et le cabinet médical symbolisent - aux yeux de Chloë, Marie et Bruno - une autre école de vie. Celle-ci puise ses vérités dans le rationnel, le matériel ; elle donne sens au quotidien mais ne donne, peut être, pas le sens de l'existence. Bruno s'est heurté aux leçons de cette enseignement puis - sâoulé d'indifférence et miné par son impuissance - il s'est progressivement soumis. Mais Chloë est arrivée et lui a redonné la volonté de chercher un monde moins conditionné, moins assisté ... un monde d'espoir.
Son rêve englouti - la Belle Vie - est réapparu avec plus d'acuité encore, prenant la forme - non plus d'une intuition aléatoire - mais d'une vérité accessible. Même la Science ne dément plus l'existence d'un monde à l'origine du visible, d'un infiniment petit qui ouvre sur l'infiniment grand. Un survol des réalités quantiques montre, en effet, que l'infini n'a pas de limite, que l'impossible est à la porte du possible, que le réel de l'irréel à sa place au sein des multiples situations et niveaux imaginés par ce paradigme. C'est pourquoi notre héros a décidé de construire, désormais, son existence en n'accordant au monde des apparences que la place qui lui revient.

Une soirée au "Lion d'Argent", restaurant du bourg voisin, s'esquisse dans leur horizon. En route, les mains de l'un données aux cuisses de l'autre, ils devisent en évoquant l'été indien de Bruno. Chloë s'empresse de choisir des tenues légéres pour être en harmonie avec cet été, Marie préfére garder son chaud manteau ... Cette discussion emprunte des voies détournées, s'engage sur des zones délicates, retourne vers leur passé. Le résultat est aussi brutal qu'immédiat. Les mains se replient, les têtes se figent, les poils se hérissent et les esprits s'emmurent. L'autoradio quitte le fond harmonieux qu'il déversait pour envahir la voiture d'un son de plomb. L'auberge se présente, les menus s'offrent, les plats défilent, l'addition arrive dans le silence et sur une montagne de reproches inexprimés. La route vers la Pohyraie est aussi lugubre qu'une nuit sans lune. Deux pâons outragés se bousculent devant la porte d'entrée et deux vieilles filles se couchent, derriére contre derriére. Cette soirée, sans limite, sans mesure, est immense, démente. Elle symbolise la folie de la Passion.
Cependant, sur le barométre de leurs amours, ces moments tumultueux laissent rapidement place à de longues plages de soleil radieux.

A l'occasion d'un retour aprés ses consultations du soir, une musique douce appelle notre héros au premier étage. Il pousse la porte de leur chambre au moment où une mélodieuse voix féminine lance une déclaration ; chant d'amour de France pour Michel et vision enchanteresse pour Bruno. Chloë apparaît, un plateau et une bouteille de champagne à la main ; Justin suit, un grand sourire aux lévres. Tous deux ont imaginé, ce soir là, une nuit de fête.
Le cadre s'y prête. Les poutres apparentes, taillées par la main de l'homme, donnent une rudesse aux lieux que la moquette du sol et du plafond, d'un chaleureux bordeau, rehausse d'une puissance feutrée. Trois grandes fenêtres laissent entrer, dans l'entebaillement de double-rideaux à grosses fleurs, la beauté du site et la vie qui l'habite. Une cheminée en marbre achéve de poser le décor et offre son hospitalité solide à une collection de poupées en porcelaine. Assis dans le salon de la piéce, Bruno libére les bulles tandis que Justin joint le réfrigérateur caché derriére l'armoire. Il prend un plateau de multiples poissons fumés, disposés en toasts par sa maman. Pendant ce temps, d'un large fauteuil où s'épanouit son charme, celle-ci choisit une musique, petite musique de nuit pour une grande soirée.
Aprés le passage d'un dessert, elle accompagne Justin dans ses appartements puis rejoint leur antre. Muse donnant et prenant à satiété, elle offre son corps aux bras de son amant. Parfois l'homme se sert et la femme consent, ils ont le bonheur de vivre un tourbillon, une valse où chaque partenaire livre, sans retenue, sa participation et son émoi. Assise en face de lui, d'un regard de feu, elle l'invite à oser. Avec un pied curieux, il monte le long de mollets et de cuisses qui, imperceptiblement, s'ouvrent sur son passage. La musique redouble, un monde de projets voit le jour, tout et n'importe quoi ; quelle importance, ils vivent dans le rêve et le merveilleux. Chloë s'étire langoureusement, souffle les lumiéres et enléve sa nuisette. D'un clin d'oeil ravageur, elle appelle son partenaire.
" Johnny retient la nuit " tandis qu'ils se lancent dans une danse aussi tendre que sensuelle. Ils se retrouvent allongés, unis dans un ballet horizontal. Les figures libres de cette symphonie s'improvisent à l'infini, s'enrichissent au fur et à mesure que leur abandon s'étend, s'enhardissent encore à l'approche de la figure imposée. Elle arrive, guidée par deux jambes ouvertes et offertes. Au moment ultime, une fournaise fait fondre le quotidien en libérant une énergie telle qu'elle propulse nos héros fusionnés vers leur monde.


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MessageSujet: Re: TOME I   Sam 25 Aoû - 5:39

CHAPITRE IX.



Une fusion d'un autre type, provoquée par la lave brûlante des mauvaises pulsions humaines, sévit à nouveau dans le village. Dans l'ancien temps, il fallait - pour limiter ces éruptions - du pain et des jeux. Maintenant, la société fournit - pour survivre dans l'insouciance d'une vie robotisée - des taxes, un cocktail de mirages, plein de tout à gagner qui ne fait qu'un rien, un prêt pour ne pas réfléchir, des rêves en boite stérile et des faits divers, de préférence sordides, au moins stupides. C'est ainsi que - pour le moment - une agitation conjugale extériorisée meuble la monotonie de la vie villageoise ; bien vite, elle est supplée par un épisode plus croustillant. La maréchaussée, en éveil, attend un homme à la sortie de son domicile. Il aurait des goûts inadaptés, fait délicat s'il est avéré, grave s'il est faux, dans tous les cas surprenant et source d'interrogation. Ces deux épisodes font intervenir des hommes qui - par leur profession - sont au premier rang pour faire face aux déséquilibres du monde actuel. Peut être y a-t-il relation de cause à effet !
Quoiqu'il en soit, la route de nos héros se poursuit, plutôt sur une phase ascendante du point de vue matériel, toujours en haut des crêtes sur le plan sentimental, encore chaude en ce qui concerne la fusion de leurs caractéres. Une multitude de faits ornent leur quotidien ; un jour, une réunion scolaire et de bonnes appréciations ; un autre, un petit rien, riche de sens. Le propriétaire des lieux apporte quelques fruits issus de sa production, geste qui ne révolutionne pas leur ordinaire culinaire mais enrichit leur univers. Bruno y voit une clef de son monde, Marie une reconnaissance de son statut, Chloë une porte vers son Palais. Ce lieu, " leur château ", esquisse la route de la Belle Vie ; comment ne pas se réjouir de vivre dans un cadre si enchanteur ?

Avec, par et parfois malgré la Passion, ils ébauchent un monde de rêve, un art de vivre. Mais celui-ci réclame des moyens pour se pérenniser. Chloë est à leur recherche dans les limites d'un destin qu'elle s'est soumise à considérer comme un choix ; quant à Marie, elle s'épanouit dans son labeur sans imaginer que d'autres vérités pourraient lui ouvrir des horizons plus vastes. Bruno, parfois dans la chaleur de rapports humains, parfois dans le virtuel et l'infidéle actuels, sillonne aussi le champ de la vie.
Ainsi, aujourd'hui, il croise un vieil homme fauché par un accident vasculaire cérébral ; ses besoins fondamentaux réclament plus d'immatériel, plus de raisons pour poursuivre sa route que de rationnel, que de médicaments dont notre héros craint une efficacité relative dans son cas. Il rejoint, ensuite, une femme dans le deuil ; ici aussi, il s'agit d'impalpable, d'énergie qu'il faut donner. Puis il arrive au chevet d'un gamin et d'une rhino-pharyngite ; presque un moment de détente s'il n'y avait la maman, ses angoisses et ses doutes. Un couple d'anciens - dans une maison impossible à imaginer, terre battue, feu à l'âtre, lit haut perché dans un coin - ouvre l'instant à une consultation chaleureuse, dans une bonne odeur de confiture et un bon sens qui rassure. En allant d'une consultation à l'autre, il écoute - sur son autoradio - une émission qui, par contre, ne le rassure pas. Elle est parfois pertinente mais trop souvent emplie d'une atmosphére de suffisance et de pensée unique. Kikapa entendu, et surtout vu, ce salon où de précieuses ridicules échangent des bons points contre des bons mots, aura du mal à cerner le factice d'une société en déroute.
Sa voiture le conduit, enfin, auprés de son dernier patient. " Bonjour Madame. " " Bonjour Docteur, le fruit de mes entrailles est malade depuis huit jours mais j'ai vraiment trouvé le temps long depuis mon appel de quatorze heures. " " Votre enfant souffre beaucoup depuis ce début d'aprés midi ? " " Non, il paraît mieux mais on a les courses à faire. A propos, je n'ai pas le temps aujourd'hui, mais il faudra que l'on se revoit car il me reste quelques jours à prendre "pour enfant malade" avant mes congés. "
Où va le monde ? Bon sens et respect en font-ils toujours parti ?


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MessageSujet: Re: TOME I   Sam 25 Aoû - 8:59

CHAPITRE X.



Dans une société qui a perdu ses repéres, il est essentiel de rester arrimer à des valeurs solides. Cette vérité - incontestable - peut être restrictive, voir malsaine, si elle conduit à des certitudes rigides. Ainsi une voix , dans l'intîme de Bruno, lui répéte " Ta révolte devant l'inadaptation de certains faits présents ne doit pas ôter le doute qui t'anime et te plonger dans une opposition aveugle. Le doute, le doute fondamental, le doute essentiel, le doute positif, Chloë t'en a ouvert l'accés. Conserves le pour en tirer une vision du présent et la force d'imaginer un avenir ".
Mais éloigner les vérités virtuelles, repousser les analyses sommaires, garder une lucidité constituent une démarche complexe dans ce monde insensé. Elle est, cependant, nécessaire pour approcher le sens de l'existence et l'harmonie de l'être.

Cette harmonie, Chloë et Bruno en trouvent une illustration dans la nature. Lorsqu'ils la croisent, elle les plonge dans un univers libre, serein, en phase avec leur recherche. D'où le bonheur de cette journée qui les voit, alors que le printemps impose ses premiers rayons, rejoindre - en compagnie de Maxime - leurs étangs. Une partie de pêche est programmée ; Justin attend, avec impatience, sa premiére leçon. En un instant, tout est prêt, le bouchon mis à l'eau. Trés vite, il plonge, remonte, plonge à nouveau, se couche puis file dans les profondeurs. Bruno suit d'un oeil coquin cette danse aquatique. Elle lui évoque d'autres instants, un autre être, un même moment magique. Tous les quatres sont sur la berge, le regard rivé vers ce bouchon à l'ivresse badine. Maxime est lancé dans un combat grandiose car le poisson, bien qu'il ait commis un des septs pêchés capitaux, garde une volonté farouche de se défendre. Ces instants riches, cette scéne banale ouvrent sur une loi primaire mais fondamentale en symbolisant la quête de nourriture au sein de la nature. L'authenticité de cet épisode explique, sans doute, la tension régnant au bord de l'eau. Elle monte encore au fur et à mesure que les minutes s'écoulent. Pas de malaise parmi les spectateurs mais une respiration haletante. A un moment la gaule, jusqu'alors pliée, siffle en se redressant tandis que le fil dessine un grand S nonchalant. La bataille est terminée, la carpe sauve, Maxime penaud. Sa revanche sonne dix minutes plus tard. Fier, il exhibe une belle bête, surprise et manquant d'eau. Le temps d'une photographie, l'animal quitte son mal-être. L'aprés-midi s'écoule, le soleil est toujours là. Des sourires, une promesse de baignade ... la Belle Vie.
Mais celle-ci reste fragile, toujours au prise avec le comment. Maxime et Bruno s'enfoncent loin du pourquoi et s'ouvrent à bien des saignements en évoquant Delphine et une rencontre indispensable. La fille de Bruno vit un monde, un autre monde ; elle a des régles, ses régles mais son Père ne les comprend plus ou - peut être - ne veut pas les comprendre pour protéger sa Belle Vie. La présence d'une douleur, de part et d'autre, témoigne - cependant - de la persistance de valeurs de base et constitue une richesse comme un certain réconfort.

La fin du jour sonne le départ de Maxime et plonge nos héros dans le bonheur de leur cérémonial habituel. Tant que la flamme de la Passion éclairera leur route, l'inaccessible étoile restera leur point de mire. Cependant les pesanteurs humaines comme les trombes d'eau qui envahissent, actuellement, le ciel et embourbent les terrains pésent sur leur vision. Les patients de Bruno, couverts d'habits, de parapluies et de douleurs, brûlent son énergie. Il puise dans ses réserves, rentre las, moins apte à enflammer et à se laisser enflammer. Pour lutter contre cette morosité qui trouble leur marche vers l'absolu, il a rêvé toute la journée à une friandise énorme. Il l'a vu dans les cieux, loin aprés l'horizon, peut être dans l'apparition des premiéres fleurs ou la tendresse des nouvelles feuilles. Malgré les gouttes d'eau qui noyent, malgré les démarches de tout ordre qui lassent, malgré les multiples miséres de ses patients qui usent, il rêve intensément à ce bonbon d'extase. Mais - vieillesse et contexte ennemis - cette sucrerie divine, cette friandise mythique se refuse énergiquement. Accablés ils s'endorment, serrés l'un contre l'autre pour rester imperméables au doute et conserver les battements de la Belle Vie.
Tellement grand, s'ils arrivent à poursuivre leur quête de merveilleux.
Tellement beau, s'ils gagnent cette expédition ouverte vers le bonheur.
Tellement difficile, avec leurs interrogations.


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MessageSujet: Re: TOME I   Dim 26 Aoû - 7:12

CHAPITRE XI.



Autant d'éléments qui habitent Marie au moment d'accueillir la fille de Bruno et son fiancé. Elle ne rejette pas cette réunion, elle ne la craint pas mais souhaite si fort qu'il s'agisse d'une fête qu'elle en est bloquée, anxieuse, un tant soit peu agressive.
Au départ de cette fin de semaine, trois équipes montent en premiére ligne, les durs avec Delphine, les neutres avec Maxime et les écorchés, Bruno et Chloë. Justin est à l'écart de cette situation délicate qui réunit des petits soldats, armés jusqu'aux dents et convaincus de leur bonne cause. Le but de l'exercice est de rompre la glace. A ce jeu, le compagnon de Delphine est adroit ; Stéphane séduit Chloë, amadoue Bruno, s'attire la sympathie de Justin. Maxime, plus intime des lieux, use de son flegme et de sa gentillesse tandis que son amie, Aude, reste dubitative devant un contexte si complexe. Progressivement, l'ambiance se réchauffe, des sourires apparaîssent ça et là. Treize heures annoncent le repas de midi, sans atmosphére familiale mais dans une certaine convivialité. Suit une balade sur le front de mer, sans intimité mais sous un climat dépourvu d'hostilité. Sur les traces de Guillaume le Conquérant, ils visitent la ville, ses vieux murs, son marché puis - le soir - passent au casino. Ce petit monde ne constitue pas une famille, ni même des complices mais le fossé de l'incompréhension paraît se combler d'un immatériel issu des rapports humains.

En partant vers Guerrin, le visage de Marie paraît hermétique. Bruno demande à Chloë la nature du problème de sa soeur jumelle. A sa surprise, ce sont quelques larmes qui lui répondent. " Tu vois, tout le temps du repas, il n'a été question que d'avocats, de procés, d'ingénieurs, de grandes écoles. Vous avez mangé, bien mangé je l'espére, sans la moindre attention pour les préoccupations de Marie. Elle s'est sentie d'un autre monde et j'en suis révoltée. "
Dans un soupir, un plein d'amour, un excés de "vous" et un manque de "nous", Bruno lui répond " tu bâtis une opposition sur une lutte de classe aussi inadaptée à la société que mal adaptée à notre contexte. Les différents monde, que Marie discerne, n'existent que dans son ressenti. Sa soumission imprimée et la révolte qu'elle sous-tend, sont des éléments réducteurs. Si tu prends conscience de cette vérité et de tes richesses, tu t'ouvriras à un destin de Reine, simplement à la réalisation de ton être." Perplexe, notre héros doute parfois que l'énergie - issue du Big Bang de l'âme qu'ils ont vécu - puisse vaincre l'inertie que symbolise une chrysalide qui refuse de s'ouvrir.

Une autre chrysalide, dont la jeunesse autorise toutes les évolutions, est conduite par Chloë sur un défilé dans les rues du village. L'établissement de Justin fête la fin d'année scolaire. Le cortége, tracteur et musique en tête, Monsieur le Maire et Monsieur le Curé derriére, est anachronique mais sympathique. Les familles sont réunies le long des trottoirs, les appareils photographiques sortis, les langues également. Bruno et Chloë s'installent parmi la foule ; nombreux sont indifférents à leur romance mais beaucoup restent sensibles aux symboles qu'elle véhicule. Il y a ceux qui vivent ou comprennent le vrai et les autres, ceux pour qui la Belle Vie est inconcevable. Les premiers font un salut de la main ou un clin d'oeil ; les seconds lévent les yeux au ciel. Tous gagnent le stade où ont été montés stands et divertissements divers. Sur le terrain, nos amoureux s'arrêtent ça et là, évitent tel ou tel piége puis prennent le chemin de la Pohyraie, contents de leur aprés midi, plus encore de rejoindre leur royaume.


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MessageSujet: Re: TOME I   Lun 27 Aoû - 9:50

CHAPITRE XII.



Les voila parcourant la propriété, empruntant tantôt de grandes allées bordées de rhododendrons, tantôt des petits sentiers tapissés de feuilles mortes. Ils s'imprégnent, une fois encore, du magique des lieux et de l'instant pour résister aux déferlantes du quotidien. Chloë et Bruno construisent un bâteau qui vogue vers le grand large, balloté par une mer houleuse mais poussé par le vent de l'absolu. Ils font de la Pohiraye une arche de Noe qui, toutes voiles dehors, les emméne explorer ciel et étoiles. Deux paons, deux chiens, un chat et un coq sont montés sur le navire. Une poule, deux canards et deux oies passent à leur tour la passerelle.
La poule est arrivée avec six poussins, tous cachés dans un grand panier. Les apprentis poulets ont eu le mal de mer, peut être celui des chiens de la maison, et n'ont pas souhaité faire le voyage. Leur mère, aprés avoir négligé les hommages du coq, s'est laissée séduire et coule des jours heureux. L'histoire des canards est autre. A l'occasion d'un acte médical, Bruno rejoint une ferme isolée au milieu de la forêt. Un couple d'agriculteur retraité y méne une vie calme, sans luxe et même dans la rigueur mais baignée par la puissance de la nature. Gens bruts d'habits et de maniére, ils sont riches d'authenticité. A son arrivée, il découvre un parc de volatiles bruyants et stupides. Leur solide carrure et leur démarche chaloupée les destinant à un avenir déplumé, il en réserve un couple. C'est ainsi que deux jolis canards animent, maintenant, les piéces d'eau avec leurs plumes noires, brillantes, aux multiples reflets. Ils n'ont pas perdu leurs jabots rouges mais ont retrouvé la grâce et le charme que la vie, en société conditionnée, leur avait fait perdre. Deux oies, à défaut de cygnes, sont arrivées ensuite pour monter la garde le long des étangs. La femelle ne fit qu'un tour puis un renard abusera de sa candeur ; le jarre, quant à lui, s'est acoquiné aux deux canards pour s'initier à une vie sauvage, libre, vraie mais dangereuse.

Cette arche sert, aujourd'hui, de support à un projet déjà ancien. Chloë et sa maman disposent des tables et des chaises déposées la veille par son papa. Elles coupent de gros bouquets, sortent les parasols puis préviennent les carpes, les oies et les canards de la visite de l'auberge de vieillesse. Si son environnement a été violent, les anciens vivent leur aventure avec une sympathie amusée, pour certaines les yeux de Chiméne. Quatorze heures, un car arrive ; aprés une poignée de main protocolaire et un mot d'acceuil, une ballade dans la propriété s'amorce.
De l'extérieur, le cortége est pitoyable car les années sont envahissantes et invalidantes. Il s'étend le long du chemin, une grand mère en clopinant pousse une compagne en fauteuil roulant, deux autres associent leur déséquilibre, un troisiéme tire la langue, la salive perlant le long des lévres et la veste portant le menu du repas précédent, un autre encore méne une lutte féroce avec deux cannes anglaises. Ils constituent une armée en déroute, une Berezina imposée par les ans. De l'intérieur, tout est différent. Les aînés expriment une volonté de vivre, une joie mêlée de curiosité. Ils rayonnent d'amitiés et de solidarité. Des questions, des commentaires, des sourires fusent. Un peu de musiques, des chants, du pain pour les carpes complétent ce sympathique tableau. Expression du pourquoi de l'intime et du comment du corps, cette colonne armée rassure par son humanité.


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MessageSujet: Re: TOME I   Mer 29 Aoû - 1:59

CHAPITRE XIII.



Le " aussi haut que vous soyez assis, vous n'êtes toujours que sur votre cul " de Montaigne, comme " les semelles de vent " de l'homme de Charleville ou " les temps modernes " de Chaplin, sont des repéres. S'ils guident Bruno et confortent son refus de se soumettre, ils ne facilitent pas une harmonisation avec Marie. Pour le moment Chloë et lui conversent dans le salon. Parfois elle crie sa colère, se cabre et se lance dans un monde de compétition ; parfois aussi, son visage s'illumine du sourire d'une prise en compte de leur destin. Que la Passion régne longtemps et libére la Princesse qui se cache au sein de Marie. Elle assumera, ainsi, son chemin comme sa révolte inconsciente devant la vie qui lui était destinée. Que la Passion régne longtemps chez lui aussi ; elle seule aura la puissance pour le projeter vers l'inaccessible étoile dont il rêve. Ce serait si beau que tous les personnages de sa vie dansent, sur la musique du Petit Prince, plongés dans le bonheur d'une découverte du sens de la vie.

Chloë et Bruno interférent l'un sur l'autre. Ils ne constituent pas deux points rapprochés par hasard mais deux êtres qui se subliment sous l'effet d'une fusion amoureuse.
" Que symbolise le Petit Prince. Explique moi, j'ai besoin de comprendre, de transformer mes interrogations en certitude, d'être convaincue que ton monde existe. Je ne veux pas rester à sa porte, il me fascine mais il me fait peur." Nouveau dialogue et nouvelle illustration de leur course vers la complémentarité. " Un envol, vers un ailleurs moins lourd de soumission et de conservatisme t'apporterait sans doute les réponses que je peine à te donner Chloë ". Autre dialogue et autre versant de leur épopée. Il exprime un certain désenchantement de Bruno, au moins une lassitude, et confirme l'aspect toujours aléatoire de leur expédition. Pour le moment, ils restent collés aux nécessités du quotidien autant qu'à l'impérieux de leur vision. Marie souhaite que Bruno quitte ses rêves, oublie sa soif d'idéal et noye le beau de l'absolu dans le gris du commun mais il reste désespéremment suspendu aux bras de Chloë, les yeux fixés vers l'Eden qu'elle lui a permis d'approcher.
Qui détient le vrai ? Existe-t-il une vérité ?


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